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L’histoire de l’art à Regina prend racine dans le paysage des Prairies, qui inspire les créateurs et créatrices depuis des temps immémoriaux. Les premiers colons façonnent ce territoire en une ville marquée par l’idéal de civilité britannique, où des organismes de femmes contribuent à fonder des institutions clés, dont la Women’s Art Association of Saskatchewan. Au milieu du vingtième siècle, la ville devient un véritable épicentre de l’avant-garde artistique, portée par le groupe des Regina Five et le Regina Clay Movement. Au cœur de cette effervescence, des artistes autochtones tels que Bob Boyer et Edward Poitras revisitent les formes traditionnelles à travers le prisme d’un regard moderne. Aujourd’hui, la ville conserve ses multiples tensions et harmonies — ses ambitions d’avant-garde, sa résilience communautaire et son profond respect pour la terre.

 

Les peuples des Prairies de la Saskatchewan

Fondée en 1882 sur une étendue de prairie sans arbres, Regina s’élève au cœur des territoires traditionnels de nombreuses Premières Nations. Les reconnaissances territoriales d’aujourd’hui mentionnent les Nations Nêhiyawak (Cris des Plaines), Anihšināpēk (Saulteaux), Dakota (Sioux), Lakota (Sioux), Nakota (Assiniboine) et Métis, comme gardiens de cette région. Ces peuples autochtones et leurs ancêtres habitent depuis environ onze mille ans ce territoire des prairies, souvent inhospitalier, que l’on appelle aujourd’hui la Saskatchewan. La vie autochtone dans les Prairies durant la période pré-contact se reflète dans les nombreux pétroglyphes et pictogrammes disséminés à travers la province, ainsi que dans la poterie et les objets cérémoniels ou utilitaires décorés — comme la sacoche de selle du chef cri des Plaines Pitikwahanapiwiyin (Poundmaker) (v.1842-1886). L’art autochtone dialogue avec la terre — avec ses caractéristiques physiques et matérielles, mais aussi avec les histoires et les relations qui y sont ancrées.

 

Le chef Poundmaker avec sa quatrième épouse, v.1884, photographie attribuée à Oliver B. Buell, Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.
Paul Kane, “Cree Indians Travelling,” Plains Cree (« Cris en déplacement, » Cri des Plaines), 1849-1856, huile sur toile, 46,3 x 74 cm, Musée royal de l’Ontario, Toronto.

 

Les premiers Européens à parcourir les Prairies dépendent de l’aide et de la collaboration des peuples qui y vivent et en connaissent les chemins. L’explorateur et marchand de fourrures anglais Henry Kelsey  est le premier Européen à s’aventurer à l’intérieur des plaines du Nord. Souhaitant développer le commerce dans la région, Kelsey s’y rend en 1691 et 1692 pour le compte de la Compagnie de la Baie d’Hudson, le conglomérat de traite des fourrures auquel le roi Charles II avait accordé, en 1670, la propriété du vaste territoire alors appelé Terre de Rupert. Des guides cris et assiniboines le conduisent dans ce qui correspond aujourd’hui à la Saskatchewan. Dans son journal, Kelsey note qu’une grande partie du territoire méridional est occupée par les Atsina (Gros Ventres), les Assiniboines et les Hidatsa à l’est, et par les Shoshones à l’ouest. Les Pieds-Noirs habitent la région comprise entre les rivières Saskatchewan Nord et Sud, tandis que les Chipewyans, une branche des Dénés, occupent la forêt boréale du Nord.

 

L’arrivée du commerce des fourrures transforme profondément les déplacements de ces peuples à travers le territoire, alors que les Premières Nations vivant dans la Terre de Rupert se mettent à rivaliser pour l’accès aux ressources en fourrures. Dès les années 1730, les Cris des Plaines émergent comme groupe distinct, après avoir quitté les régions boisées du Bouclier canadien, entre la baie d’Hudson et le lac Winnipeg, pour s’établir dans les plaines du Nord, au fur et à mesure qu’ils deviennent de plus en plus dépendants de la chasse au bison. Leur présence dans les Prairies est immortalisée dans une série de dessins et de peintures de Paul Kane (1810-1871), un artiste qui parcourt la région avec des groupes de trappeurs en 1846. Bien que des œuvres comme Cree Indians Travelling (Cris en déplacement)  1849-1856, soient souvent idéalisées selon les conventions victoriennes, le travail de Kane constitue un précieux témoignage de la vie et des coutumes cries sur les Prairies avant la colonisation. Dans nombre de ses tableaux, Kane représente la culture matérielle des Cris avec une grande précision et une attention minutieuse au détail.

 

À leur arrivée dans les Plaines, les Cris ont déjà développé une tradition d’arts décoratifs qui ne cesse d’évoluer grâce à l’adoption de nouveaux matériaux. Les créateurs et créatrices autochtones des Prairies façonnent depuis longtemps des objets esthétiques à partir d’os, de peaux, de fourrures, de plumes, d’écorce, de bois, de tendons et d’aiguilles de porc-épic. Avec le commerce, les perles de verre, les fils et les tissus comme la laine et le velours deviennent de plus en plus accessibles aux dix-septième et dix-huitième siècles.

 

Artiste nêhiyawak dont on connaissait autrefois le nom, Sac pieuvre, v.1840-1860, drap de laine, ruban de coton, coton, perles de verre, perles métalliques, touffes de laine, papier, fil de coton, 25 x 42,2 cm, Musée McCord Stewart, Montréal.
Artiste nêhiyawak dont on connaissait autrefois le nom, Veste d’enfant, fin du dix-neuvième ou début du vingtième siècle, peau, boutons en laiton, boutons en plastique, perles de verre, laine Stroud, 50,5 x 42,5 cm, Musée Glenbow, Calgary. .

 

À mesure que les moyens d’expression traditionnels se diversifient, les motifs représentés sur les objets conçus se multiplient eux aussi. Les peuples Métis sont — et demeurent — reconnus pour la finesse de leur broderie de perles, dont les motifs floraux éclatants ornent notamment des objets tels qu’un , v.1840-1860. Des motifs géométriques — sabliers, triangles ou damiers — apparaissent également sur de nombreux objets destinés à un usage personnel, comme une veste d’enfant  de la fin du dix-neuvième ou du début du vingtième siècle, décorée d’un motif formé de quatre ensembles de trois trapèzes. Ces formes d’art témoignent, comme l’écrit Sherry Farrell Racette (née en 1952), « du caractère novateur et adaptable de la “tradition” » ainsi que de l’idée selon laquelle les formes d’art autochtones sont des pratiques vivantes.

 

 

1870-1885 : Résistance et répression des Premiers Peuples

En 1870, le nouveau Dominion du Canada achète la Terre de Rupert à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Le territoire qui correspond aujourd’hui aux trois provinces des Prairies — le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta — prend alors le nom de Territoires du Nord-Ouest. Peu après, les premiers traités sont conclus avec les Premières Nations vivant dans cette région, amorçant le processus d’expansion coloniale et l’empiétement des colons  sur les terres, notamment avec la construction d’un chemin de fer transcontinental. Le Traité no 4 cède 195 000 kilomètres carrés de territoire, s’étendant du sud-est de l’actuelle Alberta à la majeure partie du sud de la Saskatchewan — incluant les terres où se trouve aujourd’hui Regina — jusqu’au centre-ouest du Manitoba. Il est signé à Fort Qu’Appelle, alors un avant-poste de la Compagnie de la Baie d’Hudson, le 15 septembre 1874, par des chefs cris, assiniboines et saulteaux ainsi que par des représentants de la Couronne britannique.

 

Ferme J.W. McIntyre, première ferme construite dans la région de Regina, v.1860, photographie non attribuée.

 

Les peuples Métis sont depuis longtemps établis dans la région de la rivière Rouge, sur le territoire correspondant aujourd’hui à la province du Manitoba. La vente de la Terre de Rupert a de lourdes répercussions sur la Nation Métis, qui estime que, tout comme sa parenté cris, saulteaux et assiniboines, elle possède un droit inhérent à la gestion du territoire en tant que descendante de ses premiers habitants. Craignant une intensification de la colonisation européenne, les Métis résistent aux autorités canadiennes. Ce conflit donne lieu à un affrontement armé connu sous le nom de Résistance de la rivière Rouge et à la proclamation d’un gouvernement provisoire sous la direction de Louis Riel. Leurs actions mènent à l’adoption de la Loi sur le Manitoba de 1870, qui établit la nouvelle province du Manitoba et défini un ensemble d’engagements visant à protéger les droits territoriaux des Métis.

 

William George Richardson Hind, “Manitobah” Settler’s House and Red River Cart (Maison de colons du « Manitobah » et charrette de la rivière Rouge), v.1862, huile sur panneau commercial, 25,1 x 37,7 cm (support), Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.
Conseillers du gouvernement provisoire de la nation métisse, Manitoba, 1870, photographie non attribuée. Au premier rang, de gauche à droite : Robert O’Lone, Paul Proulx. Au deuxième rang, de gauche à droite : Pierre Poitras, John Bruce, Louis Riel, John O’Donoghue, François Dauphinais. Au dernier rang, de gauche à droite : Bonnet Tromage, Pierre de Lorme, Thomas Bunn, Xavier Page, Baptiste Beauchemin, Baptiste Tournond, Joseph (ou Thomas) Spence.

 

Néanmoins, la mise en œuvre négligente par le gouvernement canadien des dispositions relatives aux terres provoque un profond mécontentement chez les Métis, qui s’épuisent au fur et à mesure que les terres des Prairies sont mises à la disposition d’un afflux de nouveaux colons. La colonisation de l’Ouest, conjuguée à la disparition des troupeaux de bisons et à la dépossession continue des Métis et des Premières Nations, mène à un second affrontement armé connu sous le nom de Résistance du Nord-Ouest, une insurrection dirigée une fois de plus par Louis Riel. En mai 1885, après cinq mois de résistance contre la Police à cheval du Nord-Ouest (PCN-O) et les troupes dépêchées par Ottawa, Riel se rend et est jugé à Regina pour six chefs de haute trahison, un crime passible de la peine de mort obligatoire. Riel est déclaré coupable par un jury composé de six protestants anglophones et condamné à la pendaison. Après deux appels rejetés, la sentence est exécutée au quartier général de la PCN-O à Regina, le 16 novembre 1885.

 

Plusieurs moments clés de la Résistance du Nord-Ouest, dont le procès de Riel, sont immortalisés dans une série de photographies réalisées par Oliver B. Buell (1844-1910), un photographe itinérant qui gagne sa vie en présentant ce qu’il appelle des « spectacles de lanterne magique » à l’aide d’un instrument d’optique qui permettait de projeter des images peintes sur des plaques de verre. En juin 1885, alors que Riel attend son procès, Buell présente des images contemporaines de la résistance métisse à un public réuni à l’église presbytérienne Knox, à Regina. Il montre de nouveau ses photographies du procès de Riel lors d’une visite subséquente à Regina en 1905.

 

Oliver B. Buell, Louis Riel addressing the jury during his trial for treason (Louis Riel s’adressant au jury lors de son procès pour trahison), 1885, albumine sur carton, 11,7 x 19,6 cm (image), 13,2 x 21,4 cm (dimensions totales), Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.

 

La défaite des Métis marque le début de l’application permanente du droit canadien dans l’Ouest et inaugure une nouvelle ère de discrimination systémique envers les Métis et les autres peuples autochtones en Saskatchewan. Leur répression, conjuguée à l’effondrement de la chasse au bison et à l’introduction d’outils européens, transforme également la production artistique autochtone, longtemps liée à la création d’objets utilitaires et cérémoniels. Pendant une grande partie du siècle suivant, les objets esthétiques réalisés par des créateurs et créatrices autochtones occupent une place marginalisée au sein d’une histoire de l’art canadienne centrée sur les cadres occidentaux — relégués au rang d’art touristique ou de curiosités exotiques. Vers la fin du vingtième siècle, un nouveau langage de la critique d’art, fondé sur des savoirs autochtones, émerge en réponse à l’extraordinaire vitalité créatrice des artistes d’hier et d’aujourd’hui.

 

 

1882-1905 : Une ville ferroviaire

Avec le transfert de la Terre de Rupert au gouvernement canadien, le déplacement forcé des peuples autochtones de leurs territoires dans les Prairies et l’achèvement du chemin de fer transcontinental, le gouvernement canadien ouvre effectivement l’Ouest à la colonisation. Les communautés qui s’installent dans l’Ouest sont accueillies à grand renfort de publicités commandées par l’État, souvent sous forme d’affiches et de brochures fortement idéalisées, qui présentent la vaste prairie comme une nouvelle terre promise. Des affiches montrant un ciel sans fin au-dessus d’immenses champs de blé, comme Build Your Nest in Western Canada (Construisez votre nid dans l’Ouest canadien), 1907-1908, comptent parmi les toutes premières représentations créatives de cette géographie et donnent le ton aux futures évocations artistiques — parfois idéalisées — du paysage des Prairies. Ces images montrent invariablement un territoire dépourvu de ses habitants originels, marquant un tournant par rapport aux approches artistiques qui romantisent les cultures des peuples autochtones des Prairies, comme on le voit dans les œuvres de Paul Kane, Edmund Montague Morris (1871-1913) et James Henderson (1871-1951).

 

Artiste inconnu·e, Build Your Nest in Western Canada (Construisez votre nid dans l’Ouest canadien), 1907-1908, affiche, Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.
Edmund Montague Morris, Moses, v.1910, pastel sur papier, 63,9 x 50,1 cm, Collection d’œuvres d’art du Parlement de la Saskatchewan, Regina.

 

En 1873, le gouvernement de Sir John A. Macdonald met en marche son projet de chemin de fer transcontinental visant à relier les provinces de l’Est à la Colombie-Britannique. La ville de Regina doit son existence à cet ambitieux projet — plus précisément à la décision du Canadien Pacifique (CP) de tracer une route méridionale à travers les Prairies, de Fort Garry, au Manitoba, jusqu’au col Kicking Horse, près de Banff, en Alberta. Le CP choisit pour son nouvel avant-poste un site situé près d’un cours d’eau que les Cris appellent oskana kâ-asastêki (« là où les os sont empilés ») et que les anglophones nomment Wascana Creek. Affluent de la rivière Qu’Appelle, ce cours d’eau sert depuis longtemps aux peuples autochtones pour faire sécher la viande de bison et étirer les peaux, les os étant rassemblés en monticules en vue de leur vente ultérieure. Le CP trace le premier plan des rues et construit un barrage sur le Wascana Creek, créant un réservoir destiné à alimenter en eau les locomotives à vapeur ainsi qu’à fournir une source d’approvisionnement pour la ville.

 

Jardins de la gare du Canadien Pacifique, Regina, v.1900-1925, photographie non attribuée.
Oliver B. Buell, Regina downtown core looking west from Hamilton Street, the Leader Post Building (Centre-ville de Regina, vue vers l’ouest depuis la rue Hamilton, édifice du Leader Post), 1885, photographie argentique, Archives de la ville de Regina.

 

Nommée en l’honneur de la reine Victoria, Regina (« reine » en latin) devient la capitale des Territoires du Nord-Ouest en 1883, deux ans après sa fondation. Encore largement composée de petites maisons et de tentes construites à la hâte, la jeune ville expose sa population aux menaces constantes de la chaleur et des tornades en été, ainsi qu’au froid extrême en hiver. Pourtant, le chemin de fer amène bientôt un flot régulier de colons qui viennent s’y établir. Entre 1896 et 1914, plus de deux millions de personnes venues d’Europe et des États-Unis arrivent dans les Prairies, constituant la plus importante vague d’immigration de l’histoire canadienne.

 

View in Stanley Park, Regina, Sask. (Vue du parc Stanley, Regina, Saskatchewan), v.1910, carte postale en couleur, 8,9 x 14,1 cm, produite par Warren Bros & Rutter, collection de Philip Dombowsky.

La première phase de développement de Regina voit une croissance rapide des services et des infrastructures, notamment des églises anglicane, catholique et méthodiste, des banques, des écoles, un hôtel de ville et une brigade de pompiers volontaire. Transformer la géographie de la région devient un objectif important pour la nouvelle ville. La première initiative visant à embellir la ville se concentre sur un secteur situé près de la gare du CP, où l’on aménage, à la fin des années 1880, le parc Stanley — un espace vert planté d’arbres, d’arbustes et de fleurs. L’un des principaux objectifs du projet consiste à démontrer qu’il est possible de dompter les prairies, perçues comme un environnement inhospitalier. Cette initiative annonce l’entreprise plus ambitieuse, quelques décennies plus tard, de créer un vaste parc entourant l’édifice de l’Assemblée législative de la Saskatchewan.

 

Comme les premières vagues colonisatrices de Regina arrivent majoritairement de l’Ontario et des États-Unis, elles apportent avec elles les coutumes et les valeurs de leurs anciennes communautés, notamment la conviction de l’importance de l’art et de l’éducation. Au cours des années fondatrices, la population peut voir des œuvres d’art lors de la foire agricole annuelle de Regina. Ces expositions sont également fréquentées par les Premières Nations de la région, qui y présentent des danses en tenue traditionnelle et exposent des objets culturels destinés aux agriculteurs et aux touristes.

 

L’histoire de l’art à Regina est indissociable de la fondation de son système éducatif. À mesure que les écoles publiques commencent à intégrer l’enseignement des arts à leur programme, l’école normale provinciale — le premier collège d’enseignement de Regina, ouvert en 1893 — entreprend de former les futurs pédagogues pour répondre à la demande. En octobre 1900, puis de nouveau en décembre 1902, l’établissement accueille l’artiste Frederic Marlett Bell-Smith (1846-1923), directeur des beaux-arts au Alma Ladies’ College, un établissement privé situé à St. Thomas, en Ontario. En tant que peintre, l’esthétique Bell-Smith s’inscrit pleinement dans la tradition académique du dix-neuvième siècle. Le Leader rend compte de sa visite de 1902, au cours de laquelle il s’adresse à la population étudiante et aux membres du public, présentant « quelques vérités ou règles fondamentales pour guider celles et ceux qui suivent — et prévoient donner — des cours de dessin », ainsi qu’« une riche collection de ses aquarelles et de ses peintures à l’huile ». Bell-Smith retourne alors à Toronto après un voyage de croquis dans les Rocheuses canadiennes, et il est probable qu’une partie des œuvres qu’il présente dépeint des paysages de montagne.

 

Frederic Marlett Bell-Smith, Canoeing in the Rockies (Canoter dans les Rocheuses), 1889, aquarelle sur papier, 30,5 x 50,8 cm, collection privée, Barrie.

 

La présence de Bell-Smith à Regina a un impact réel. En 1903, moins d’un an après sa deuxième visite, l’école normale commence à offrir des cours spécialisés en arts et en musique sous la direction de la peintre Elizabeth Rankin (1872-1960), qui a étudié les arts à Winnipeg et à New York. Avec son arrivée au sein du personnel enseignant, Rankin devient la première professeure d’arts professionnelle dans la province de la Saskatchewan.

 

Les femmes contribuent au développement civique et artistique de Regina par l’entremise de groupes comme le Local Council of Women (LCW). Fondé en 1895, le LCW se consacre à l’amélioration des conditions sociales au sein de la communauté, en particulier celles des femmes et des enfants. Son premier projet consiste à recueillir des fonds pour bâtir le premier hôpital de la ville. Pour le LCW, les arts s’inscrivent dans une vision plus large d’amélioration de la société. Au fil de plusieurs décennies, cette vision l’amène à créer des comités permanents, dont le comité des beaux-arts et des arts appliqués, établi en 1920 dans le but de rehausser la visibilité des arts visuels en présentant des expositions, en organisant des conférences et en constituant une collection par l’acquisition d’œuvres d’artistes de la région, notamment Sybil Henley Jacobson (1881-1953), Harriette Keating (1898-1975) et David H. Payne (1890-1950).

 

Sybil Henley Jacobson, The Black Shawl (Le châle noir), v.1908, huile sur toile, 91,4 x 71,1 cm, collection privée, Vancouver.
David H. Payne, Path Through the Woods (Sentier à travers les bois), s.d., huile sur toile, 86,3 x 60,9 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.

 

Le travail que réalisent le LCW et d’autres organisations de femmes pour concrétiser leurs idéaux d’épanouissement personnel, d’amélioration sociale et de développement civique est essentiel à l’évolution de Regina comme ville et, plus tard, comme centre artistique. Au milieu du vingtième siècle, le gouvernement social-démocrate de la Saskatchewan s’appuie sur les réalisations de ces femmes tout en transformant les conditions sociales et économiques des artistes de Regina, reléguant aux marges les comités et organisations, dirigés et animés par des femmes, fondés sur le bénévolat.

 

 

1905-1913 : La jeune ville acquiert une empreinte culturelle britannique 

La Saskatchewan devient une province — en même temps que l’Alberta — à l’adoption du Dominion Act, le 18 juillet 1905. Le cabinet fédéral nomme Thomas Walter Scott premier premier ministre de la province et, l’année suivante, en grande partie grâce à ses efforts soutenus, Regina est choisie comme capitale provinciale plutôt que North Battleford et Saskatoon. Peu après, Scott concentre son attention sur ce qui devient son accomplissement le plus durable : la conception et la construction de l’édifice de l’Assemblée législative de la Saskatchewan  — sans doute la réalisation architecturale la plus remarquable de la ville.

 

Edward Maxwell, Legislative and Executive Building, Regina, Saskatchewan (L’édifice de l’Assemblée législative, Regina, Saskatchewan), 1909, aquarelle et encre sur papier, 53,4 x 78,8 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
Edward et W.S. Maxwell, Legislative and Executive Building and Power House, Regina, Plan Showing Arrangement of Grounds (L’édifice de l’Assemblée législative et centrale électrique, Regina, plan montrant la disposition des terrains), 11 mai 1910, aquarelle, graphite et encre sur papier, 94 x 88 cm, Archives provinciales de la Saskatchewan, Regina.

 

La population de Regina voit dans l’ambitieux projet de Scott un phare annonçant un avenir prospère. Dans cet esprit d’enthousiasme, Scott s’assure de faire intervenir des architectes de premier plan dans la construction de l’édifice. L’achat par la province de soixante-six hectares de terrain au sud de Wascana Creek mène à l’embauche de Frederick Todd (1876-1948), l’architecte paysagiste chargé de concevoir le plan d’aménagement du site. La vision de Todd pour le parc entourant l’édifice de l’Assemblée législative est concrétisée par George Watt, qui supervise la plantation de plus de 100 000 arbres et arbustes fournis par des pépinières d’Europe et d’Amérique du Nord. Pendant ce temps, un concours international est lancé pour sélectionner les plans du bâtiment. Les architectes montréalais Edward Maxwell (1867-1923) et W. S. Maxwell (1874-1952) sont retenus pour leur proposition d’un imposant bâtiment doté d’un dôme, conçu dans un style Beaux-Arts. La construction débute en 1908, et l’édifice est officiellement inauguré le 11 octobre 1912.

 

Le statut de Regina comme centre du gouvernement, conjugué à sa population croissante, apporte un niveau de prospérité sans précédent et ouvre des possibilités aux artistes de cette période fondatrice de la ville. Y figurent notamment John Thomas Richardson (1860-1942), Inglis Sheldon-Williams (1870-1940) et James Henderson, des immigrants originaires de Grande-Bretagne formés dans la tradition romantique britannique popularisée par John Constable (1776-1837) et J. M. W. Turner (1775-1851). Le paysage de la Saskatchewan, avec ses phénomènes météorologiques spectaculaires et ses variations saisonnières, offre des possibilités infinies aux artistes romantiques, comme on peut le voir dans After the Storm (Après la tempête), 1914, de Sheldon-Williams.

 

Inglis Sheldon-Williams, After the Storm (Après la tempête), v.1914, huile sur toile, 45,7 x 62,9 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.

 

Le premier des trois à exposer à Regina est Richardson, qui a étudié à la South Kensington School of Art, à Londres. Après son arrivée au Canada en 1885, il s’établit avec son père et son frère sur une terre près d’Edenwold, une petite communauté au nord-est de Regina. Des expositions individuelles de œuvres de Richardson — composées principalement de peintures représentant la campagne anglaise dans les conventions paysagères des dix-huit et dix-neuvième siècles qu’il a assimilées à Londres — ont lieu à l’hôtel de ville de Regina, d’abord en 1905, puis de nouveau l’année suivante.

 

Henderson et Sheldon-Williams arrivent en 1912 et 1913, respectivement, et s’imposent comme portraitistes des hautes personnalités du gouvernement. Parmi les personnes que Henderson portraiture durant cette période figurent Hugh Richardson, le juge qui préside le procès de Louis Riel en 1885, ainsi que le juge James Thomas Brown, membre de la Cour suprême de la Saskatchewan. Sheldon-Williams réalise pour sa part les portraits de Sir Frederick W.A.G. Haultain, chef de l’Opposition lors des deux premières législatures de la province, et d’Edward Ludlow Wetmore, premier juge en chef de la Saskatchewan.

 

Rosa Bonheur, Marché aux chevaux de Paris, 1852-1855, huile sur toile, 244,5 x 506,7 cm, le Metropolitan Museum of Art, New York.

Fondée par l’élite intellectuelle de la ville comme premier groupe amateur à intégrer l’art à son mandat, la Regina Society for the Advancement of Art, Literature and Science tient sa première exposition annuelle en octobre 1910. L’exposition réunit des peintures et des gravures provenant de collections privées, « les tableaux les plus précieux de la ville », selon la presse locale, parmi lesquels figurent des œuvres de Rosa Bonheur (1822-1899), Arnold Böcklin (1827-1901), Camille Corot (1796-1875) et Paolo Véronèse (1528-1588). Bien que le groupe se dissout au début de la Première Guerre mondiale, en 1914, il joue un rôle essentiel pour mobiliser le soutien envers les arts dans la ville et offrir un modèle pour les regroupements consacrés aux arts visuels, notamment le comité des beaux-arts et des arts appliqués du Local Council of Women (LCW) et le Women’s Educational Club  (WEC).

 

La richesse croissante issue du commerce des céréales entraîne de nouveaux projets de construction, dont un nouvel hôtel de ville  conçu par les architectes de Calgary William M. Dodd (1872-1948) et E.C. Hopkins (1857-1941), ainsi qu’une gare du Canadien Pacifique à trois étages, construite en 1911 et représentative de la dernière période du style Beaux-Arts. En 1907, la ville a fait appel à l’architecte paysagiste Frederick Todd pour concevoir un nouveau parc municipal, Victoria Square, sur une parcelle couvrant deux îlots urbains. Son aménagement, fondé sur les principes du mouvement City Beautiful, présente un réseau de sentiers convergeant vers un point focal circulaire, qui a d’abord été occupé par une fontaine dédiée à Nicholas Flood Davin, fondateur du Leader de Regina.

 

Les leaders communautaires se rallient peu à peu à l’idée qu’une bibliothèque publique gratuite constitue un élément essentiel d’une ville progressiste et prospère. En 1908, en réponse à une pétition signée par le premier ministre Scott et 155 membres de la communauté, la ville accepte d’aménager une bibliothèque publique au deuxième étage du nouvel hôtel de ville. Inaugurée le premier jour de 1909, l’initiative remporte un succès immédiat et encourage la municipalité à construire une bibliothèque spécialement conçue à cette fin, financée en partie par le philanthrope américain Andrew Carnegie. Le 30 juin 1912, quelques semaines seulement après l’ouverture de la bibliothèque, la tornade la plus meurtrière de l’histoire canadienne traverse le centre-ville, faisant vingt-huit morts et laissant 2 500 personnes sans abri. Grâce aux contributions généreuses au fonds de secours, provenant du gouvernement et d’autres sources, ainsi qu’à l’ingéniosité de la population de Regina, la ville parvient à se reconstruire relativement rapidement. Les dommages causés à la bibliothèque se limitent principalement au toit, et l’édifice rouvre ses portes au public dès le mois de septembre.

 

Maisons complètement détruites par une tornade, avec trois hommes non identifiés debout sur un tas de décombres, Regina, 30 juin 1912, photographie non attribuée, Archives de la ville de Regina.

 

La fondation du Regina College en 1911 marque une autre étape importante dans le développement culturel et artistique de la ville. Le collège propose ses premiers cours de peinture et de dessin en 1916. Contrairement à l’école normale provinciale, dont l’objectif est d’initier les futurs pédagogues aux fondements de l’enseignement des arts, le programme d’arts du Regina College vise à former des artistes en devenir et propose des cours de peinture de portrait, de nature morte et de paysage, ainsi que des notions de dessin et les principes de la composition. Il est dirigé par Sheldon-Williams, qui donne également de fréquentes conférences publiques sur des sujets allant des techniques artistiques au rôle de l’art dans la vie quotidienne. Après son départ en 1918 pour servir comme artiste de guerre officiel, son poste au collège est occupé à différentes périodes par Mildred Valley Thornton (1890-1967), Harriette Keating, Joseph Henry Lee-Grayson (1875-1953) et Hilda Stewart (1892-1978).

 

Le Regina College accueille de nombreuses expositions et autres événements organisés par le WEC et par le comité des beaux-arts et des arts appliqués du LCW. À partir de 1918, l’établissement expose également des œuvres prêtées par le Musée des beaux-arts du Canada. Le premier prêt, constitué de plus de vingt tableaux, comprend des œuvres marquantes de Franklin Brownell (1857-1946), William Brymner (1855-1925), Arthur Lismer (1885-1969), Laura Muntz Lyall (1860-1930) et Mary E. Wrinch (1877-1969). Après 1920 , les étudiantes, étudiants et les visiteurs peuvent aussi apprécier la collection d’art du WEC, en pleine expansion, exposée en permanence au Regina College puis, plus tard, au Darke Hall of Music and Art .

 

William Brymner, Early Moonrise in September (Lever de lune en septembre), 1899, huile sur toile, 74,2 x 102,1 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
Regina College, bâtiment universitaire et résidence pour femmes, 1920, photographie de Capitol Studio, Regina.

 

 

1914-1918 : Les bouleversements de la Première Guerre mondiale

Une récession en 1914 met fin à l’expansion économique que la ville connaît depuis plusieurs décennies, et l’espoir d’un redressement rapide s’estompe avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Lorsque le Canada entre en guerre en août 1914, la population réginoise se concentre sur l’effort de guerre, et le développement culturel de la ville est mis en veilleuse. Parmi les artistes de Regina qui s’enrôlent figurent le paysagiste David H. Payne, qui rejoint le Corps expéditionnaire canadien en 1915, et le peintre Joseph Henry Lee-Grayson, qui sert comme adjudant dans le 16th Light Horse (escadron C) avant de perdre la vue d’un œil à la suite d’une blessure subie lors de la bataille de la Somme en 1916.

 

Inglis Sheldon-Williams, The Return to Mons (Le retour à Mons), 1920, huile sur toile, 302,3 x 452 cm, Musée canadien de la guerre, Ottawa.

Vers la fin de la guerre, Inglis Sheldon-Williams, l’un des peintres les plus connus de Regina et professeur au Regina College, quitte la ville pour servir comme artiste de guerre en Europe, où il produit un corpus important d’œuvres, dont les grandes toiles Canadians Arriving on the Rhine (Canadiens arrivant sur le Rhin), 1918-1919, et The Return to Mons  (Le retour à Mons), 1920. Ces deux œuvres, et en particulier Le retour à Mons, avec son aplatissement frise-like des masses, montrent que l’expérience de la guerre ouvre Sheldon-Williams à de nouvelles approches de son art, comme c’est le cas pour plusieurs autres peintres et sculpteurs de l’époque. Le départ de Sheldon-Williams place le département des arts du Regina College dans une position précaire pour les années qui suivent.

 

Les journaux, à cette époque, constituent une source d’information et de divertissement omniprésente. Employant des illustrateurs professionnels, ils mettent à profit le talent de ces artistes pour influencer l’opinion publique par la propagande de guerre. Le caricaturiste et illustrateur William Noakes (1871-1953), qui publie sous le pseudonyme Noax, représente à la fois la tragédie de la guerre et le patriotisme de la population de la Saskatchewan dans les caricatures qu’il fait paraître dans The Morning Leader. Vers la fin du conflit, Noakes offre bénévolement ses services à la campagne des « obligations de la victoire », et le 11 novembre 1918, il célèbre l’Armistice avec une caricature pleine page  en première page du Morning Leader.

 

Plein page de Noax dans The Morning Leader, 11 novembre 1918, page 1.
The Cenotaph in Victoria Park, Regina, Saskatchewan (Le cénotaphe du parc Victoria, Regina, Saskatchewan), v.1940, carte postale en couleur, 14 x 8,9 cm, produite par Valentine-Black Co. Ltd., Toronto, collection de Philip Dombowsky.

 

En 1926, les personnes de Regina tombées au combat sont honorées par un cénotaphe qui remplace la fontaine située au centre de Victoria Park. Dévoilé le jour de l’Armistice, le 11 novembre, le monument en granit gris est conçu par le Montréalais R.W.G. Heughan (1887-1950), en collaboration avec l’architecte réginois Francis Portnall (1886-1976).

 

En plus du cénotaphe, le gouvernement provincial de la Saskatchewan envisage de construire un musée de la guerre à Regina, sur le terrain de l’édifice de l’Assemblée législative. Le projet demeure en vigueur jusqu’au début des années 1920, moment où il est abandonné, et ce malgré l’attribution d’un mandat architectural à Percy Erskine Nobbs (1875-1964) et George Taylor Hyde (1879-1944), de Montréal.

 

 

1920-1929 : Prospérité et mécénat : les organisations artistiques de femmes laissent leur marque

À la fin des hostilités en Europe, l’attention revient aux besoins de la population réginoise. La Saskatchewan entre alors dans une période de rapide expansion économique. À la fin de la décennie, elle se classe au premier rang des provinces pour la richesse par habitant, grâce surtout à sa position de premier producteur national de blé, d’avoine, de seigle et de lin. La Saskatchewan devient également la troisième province la plus peuplée du pays, derrière l’Ontario et le Québec.

 

Frederick S. Challener, Vacation Days (Jours de vacances), v.1920, huile sur toile, 96,5 x 111,8 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.
Marion Long, Black and Gold (Noir et or), s.d., huile sur toile, 89,5 x 66 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.

À Regina, le Women’s Educational Club (WEC), le comité des beaux-arts et des arts appliqués du Local Council of Women (LCW) et la Women’s Art Association of Saskatchewan (WAAS) deviennent des acteurs majeurs dans le domaine des arts. Ils cherchent activement à offrir des occasions d’exposition aux artistes de la région, notamment à des femmes telles Ethel Barr (1882-1963), Sybil Henley Jacobson et Harriette Keating. Ces organisations recrutent souvent leurs membres parmi l’élite sociale de la ville. Leur travail au service de l’amélioration de la communauté présente en outre l’avantage de créer un espace social pour leurs membres, les reliant à « des communautés de conversation et à des plateformes de la sphère publique, à une époque où leurs activités dans ce domaine demeurent strictement limitées ».

 

Tant le WEC que le comité des beaux-arts et des arts appliqués du LCW concentrent leurs efforts sur le développement de collections d’art et sur leur accessibilité au public. La première acquisition du WEC est une peinture de Frederick S. Challener (1869–1959), Vacation Days (Jours de vacances), v.1920. Les achats ultérieurs comprennent des œuvres de Frederic Marlett Bell-Smith, de F. McGillivray Knowles (1859–1932) et de Marion Long (1882–1970), qui trouvent toutes leur place dans les couloirs et les salons de réception du Regina College. Avec l’ouverture, en 1929, du Darke Hall of Music and Art (plus tard le Darke Hall), le club commence à exposer des œuvres sur ses murs. Les tableaux acquis par le LCW peuvent être vues à la bibliothèque publique de Regina et dans les écoles locales. Les œuvres achetées par les deux groupes constituent les premières collections d’art publiques à Regina.

 

Intérieur du Darke Hall, sur College Avenue, nommé en l’honneur de F.N. Darke qui a fait don du bâtiment au Regina College en 1929, v.1930, photographie de Butcher & Runnalls, Archives de la ville de Regina.

 

En 1922, Barr, Keating, Jean Bell (1884-1970), Dorothea Sheldon-Williams

(1873-1938) et d’autres membres du comité des beaux-arts et des arts appliqués du LCW s’associent à Joseph Henry Lee-Grayson, enseignant au Regina College, ainsi qu’à Francis Portnall, l’un des architectes les plus connus de la ville, pour fonder le Regina Sketch Club. Il s’agit du premier organisme centré sur les artistes dans la ville, où les membres reçoivent les conseils de leurs pairs plutôt que de pédagogues de profession. Le groupe se réunit deux fois par semaine : en hiver, il privilégie le portrait et le dessin de la figure d’après modèle vivant, tandis qu’en été, il se consacre au croquis en plein air. Une sélection des œuvres produites au cours de l’année, choisie par la direction du club, est présentée lors de l’exposition annuelle du Regina Sketch Club, qui a généralement lieu au Regina College ou à la bibliothèque publique de Regina. Le Regina College demeure le principal centre des activités artistiques de la ville tout au long des années 1920, accueillant expositions, conférences et autres événements. À la fin de la décennie, les femmes poursuivent leur contribution au développement culturel de la ville avec la création de la WAAS. 

 

 

1929-1939 : La Grande Dépression et la montée de la social-démocratie

Aucune province ne souffre davantage que la Saskatchewan durant la Grande Dépression. En plus du ralentissement économique mondial et de la chute des prix des produits agricoles, une décennie de sécheresse et de tempêtes de poussière inflige de nouveaux ravages à la communauté agricole des Prairies et à l’économie de la province. En 1933, la Saskatchewan affiche le revenu par personne le plus bas de toutes les provinces canadiennes. À mesure que la crise économique s’aggrave, la province voit sa population diminuer de façon constante — un déclin qui se poursuit jusqu’en 1946.

 

Malgré l’effondrement économique, le secteur culturel de Regina poursuit son développement. Les groupes d’art amateurs maintiennent leur appui aux artistes de la ville en organisant des expositions et en enrichissant leurs collections. Le gouvernement provincial intervient pour financer divers projets, dont le pont Albert Memorial, inauguré en 1930, avec ses éléments en terre cuite de style égyptien et conçu par Joseph Henry Lee-Grayson. Dédié aux soldats de la Saskatchewan morts pendant la Première Guerre mondiale, ce pont de 256 mètres s’inscrit dans un vaste programme de secours qui prolonge l’embellissement du parc entourant l’Assemblée législative de la Saskatchewan. Aujourd’hui encore, il demeure l’un des repères les plus durables de Regina.

 

Faute de musée d’art public, les personnes de Regina qui souhaitent voir des œuvres dépendent généralement des initiatives du Women’s Educational Club, du comité des beaux-arts et des arts appliqués du Local Council of Women et de la toute récente Women’s Art Association of Saskatchewan (WAAS), qui continuent toutes à organiser des expositions. Des œuvres sont également présentées à l’occasion d’événements spéciaux, comme la prestigieuse World’s Grain Exhibition and Conference (Exposition-conférence mondiale sur les céréales) tenue pendant deux semaines à l’été 1933 dans le tout nouvel édifice de la Confédération à Regina. 

 

De manière significative, l’Exposition-conférence mondiale sur les céréales présente une importante exposition itinérante de cent cinquante peintures provenant du Musée des beaux-arts du Canada, un prêt rendu possible grâce à Norman MacKenzie (1869-1936), éminent avocat et collectionneur d’art réginois. Sans doute la sélection d’art canadien la plus importante jamais montrée à Regina, l’exposition réunit certaines des œuvres les plus connues du musée, dont Grey and Gold (Gris et or), v.1910, de Florence Carlyle (1864-1923); North Shore, Lake Superior (Rive nord, lac Supérieur), v.1926, de Lawren S. Harris (1885-1970); Dieppe, The Beach, Grey Effect (Plage à Dieppe, effet de gris), v.1905-1909, de James Wilson Morrice (1865-1924) ; et Oxen Drinking (Bœufs à l’abreuvoir), 1899, d’Horatio Walker (1858-1938). On peut également y voir une vaste collection d’objets artisanaux de la Saskatchewan — porcelaine peinte à la main, courtepointes, tapis et sculptures sur bois — sélectionnée par la WAAS; une exposition de vingt-quatre aquarelles de Lee-Grayson; ainsi que des murales dans le hall principal de l’édifice de la Confédération représentant des scènes de la Saskatchewan, réalisées par Augustus Kenderdine (1870-1947) et Fritz Brandtner (1896-1969). Le public de la foire a accès gratuitement à l’ensemble des présentations.

 

En 1936, le Regina College, devenu deux ans plus tôt un collège affilié à l’Université de la Saskatchewan, crée un département des arts sous la direction de Kenderdine. En plus de ses responsabilités d’enseignement, Kenderdine s’occupe des quelque 350 œuvres léguées au collège par MacKenzie. Ce dernier réserve également des fonds pour la construction d’un musée à Regina destiné à accueillir sa collection, un projet que la Grande Dépression puis la Deuxième Guerre mondiale repoussent jusqu’au début des années 1950. 

 

Mildred Valley Thornton, Fireguard (Coupe-feu), v.1929, huile sur toile, 61 x 76,2 cm, collection privée, Vancouver.

 

Subvenir à ses besoins et vivre de son art est déjà difficile en temps normal, et la catastrophe économique des années 1930 rend la tâche encore plus ardue. Mildred Valley Thornton, par exemple, arrive à Regina en 1911 après avoir étudié au Olivet College, au Michigan, et devient l’une des artistes les plus connues de la ville. Malgré son statut, elle est contrainte de quitter Regina pour Vancouver en 1934, après la faillite de la boulangerie de son mari. Le manque d’occasions professionnelles pousse également George Campbell Tinning (1910-1996), élève de Lee-Grayson au Regina College et l’un des artistes les plus prometteurs de la ville, à quitter Regina en 1938.

 

Face aux bouleversements économiques de la Grande Dépression, la Fédération du Commonwealth coopératif (FCC) est fondée à Calgary en 1932. L’année suivante, des membres de l’organisation des Fermiers unis, du Parti socialiste du Canada, du Parti travailliste canadien et de la League for Social Reconstruction se réunissent à Regina pour signer son document fondateur, le Manifeste de Regina. Dix ans plus tard, en 1944, Tommy Douglas mène la FCC à la victoire en Saskatchewan lors d’une élection qui donne à la province le premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord. La FCC et son successeur, le Nouveau Parti démocratique, gouvernent la Saskatchewan jusqu’en 1964, renforçant considérablement le tissu social de la province et offrant un accès démocratisé à l’art et à l’éducation.

 

 

1939-1959 : L’art à Regina rompt avec les conventions

Tommy Douglas lors de l’inauguration de l’hôpital de l’Université de la Saskatchewan, Saskatoon, 1955, photographie de Lee Hillyard.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale entraîne la transformation du Regina College et de l’école normale provinciale — les deux établissements qui offrent alors une formation artistique professionnelle dans la ville — en bases pour le British Commonwealth Air Training Scheme, Steward Basterfield, doyen du Regina College, ne se laisse pas démonter. Il déclare : « Nous regrettons de devoir quitter nos magnifiques locaux, mais nous restons une communauté intellectuelle et, dans notre quête passionnée du savoir, nous pouvons facilement oublier les petits inconvénients que nous imposent l’urgence de la guerre. » Cependant, la réaffectation du Regina College est loin d’être un simple désagrément pour les artistes de la ville : elle interrompt temporairement les programmes due Women’s Educational Club (WEC) et du Local Council of Women (LCW), y compris leurs expositions régulières.

 

Après la guerre, les infrastructures artistiques de Regina se professionnalisent progressivement sous l’influence de la Fédération des artistes canadiens (FCA), fondée en 1941, et du Saskatchewan Arts Board (SAB), créé en 1948. La FCA mise sur la collaboration entre artistes afin d’élargir l’accès à l’art dans l’ensemble du pays. Sa présence en Saskatchewan s’établit sous la direction de l’artiste de Saskatoon Ernest Lindner (1897-1988). Parmi les premières initiatives de l’organisation à Regina figure une exposition annuelle des œuvres de ses membres, la première étant jugée par A.Y. Jackson (1882-1974) et présentée au Regina College en novembre 1944. Peu après, Lawren S. Harris, collègue de Jackson au sein du Groupe des Sept, s’adresse à la section locale de la FCA pour parler de démocratie et d’arts, évoquant « un monde meilleur » dans lequel les arts et la philosophie « devraient s’appliquer à la vie de tous les jours ».

 

Le CAS est une initiative du gouvernement de la Fédération du Commonwealth coopératif, arrivé au pouvoir en 1944 et engagé dans la transformation de la province grâce à des mesures telles qu’un régime d’assurance-hospitalisation novateur et un accès élargi à l’art et à l’éducation. La perspective d’une ère de politique progressiste attire à Regina une nouvelle vague professionnelle dynamique et de gauche, dont Morris Shumiatcher (1917-2004), qui contribue à la rédaction de la Bill of Rights de 1947. Norah McCullough (1903–1993) arrive en 1947 pour diriger le nouveau CAS, premier organisme de financement de l’art public en Amérique du Nord. Avec l’apparition d’organismes comme le CAS, la gestion municipale des arts par des groupes amateurs cède progressivement la place à une participation provinciale portée par un gouvernement social-démocrate militant. En créant des occasions d’appréciation publique des arts, le CAS a un impact considérable sur les artistes de Regina — un impact qui se fait encore sentir aujourd’hui.

 

Mashel Teitelbaum, God’s Acre (Le champ du repos), 1945, huile sur panneau dur, 76,5 x 58,5 cm, Collection d’art canadien McMichael, Kleinburg.
Anthony Thorn, Untitled (Self-portrait) [Sans titre (Autoportrait)], 1953, huile sur toile, 61 x 38 cm, collection permanente SK Arts, Regina.

 

Coïncidant avec ces évolutions, on observe une sensibilisation croissante à l’activité artistique au-delà de la ville et de la province, une tendance qui se reflète dans l’œuvre des peintres McGregor Hone (1920-2007), Mashel Teitelbaum (1921-1985) et Anthony Thorn (1927-2014), qui, dès les années 1940, adoptent des éléments modernistes inspirés des modèles américains et européens du postimpressionnisme, de l’expressionnisme et de l’abstraction. Teitelbaum s’inspire particulièrement des premières peintures de l’abstractionniste russe Wassily Kandinsky (1866–1944), ainsi que des œuvres des artistes américains Arthur Dove (1880–1946), Marsden Hartley (1877–1943) et John Marin (1870–1953), tandis que Thorn puise son inspiration dans un large éventail de sources internationales, allant des vitraux français au mouvement du muralisme mexicain. Cette ouverture à l’exploration créative jette les bases de l’émergence ultérieure de Regina comme épicentre de la peinture moderniste au milieu du vingtième siècle. 

 

Augustus Kenderdine enseigne la peinture en plein air au lac Emma, 1936, photographie non attribuée.

En 1950, le peintre Kenneth Lochhead (1926–2006), né à Ottawa, est engagé pour succéder à Augustus Kenderdine à la direction du département des arts du Regina College. Son contemporain Arthur McKay (1926-2000) se joint à l’équipe en 1952 et, trois ans plus tard, tous deux fondent les ateliers d’Emma Lake, sur le site de la Murray Point Summer School of Art, dans le nord de la Saskatchewan. Ces ateliers ont pour objectif d’établir des liens avec les développements artistiques récents à l’extérieur de la province et sont dirigés par des artistes et critiques de renom provenant du Canada et des États-Unis, notamment Jack Shadbolt (1909–1998), originaire de la Colombie-Britannique, en 1955, et Joseph Plaskett (1918–2014), en 1956, tous deux ayant acquis de l’expérience aux États-Unis et en Europe, ainsi que les New-Yorkais Will Barnet (1911–2012), en 1957, et Barnett Newman (1905–1970), en 1959.

 

En favorisant l’expérimentation, l’innovation et un intérêt renouvelé pour la théorie de l’art, les ateliers exercent une influence profonde sur les artistes qui y participent, notamment ceux qui allaient plus tard former le groupe Regina Five : Ronald Bloore (1925–2009), Ted Godwin (1933–2013), Kenneth Lochhead, Arthur McKay et Douglas Morton (1926–2004), dont les toiles audacieuses et non figuratives ouvrent de nouvelles voies à l’art abstrait dans l’Ouest canadien. Les ateliers continuent de jouer un rôle majeur dans l’orientation du discours artistique à Regina tout au long des années 1960, période qui voit l’émergence d’une nouvelle génération de peintres, dont Bruce Parsons (né en 1937), Kenneth Peters (1939–2007) et Joan Rankin (1927–2014).

 

L’idée que Regina devrait se doter d’un musée d’art préoccupe depuis longtemps de nombreuses personnes de la ville. Cette aspiration se concrétise enfin en 1953 avec l’ouverture de la Norman MacKenzie Art Gallery, dont le premier conservateur est Richard Simmins (1924-1999). En plus des œuvres acquises auprès du plus important collectionneur de la ville, Norman MacKenzie, le musée intègre les collections du Women’s Educational Club (WEC) et du comité des beaux-arts et des arts appliqués du Local Council of Women (LCW), qui militaient pour la création d’un espace d’exposition public permanent.

 

Arthur McKay, Descending Whites (Blancs descendants), 1960, peinture-émail et peinture commerciale sur masonite, 121,9 x 121,9 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

 

Le musée devient un pilier supplémentaire dans la professionnalisation de l’infrastructure artistique de Regina après la Seconde Guerre mondiale. Simmins dote la galerie de bases solides grâce à une programmation régulière d’expositions et à un cycle de conférences, tandis que son successeur, Bloore, remet en question l’approche principalement conservatrice de la ville en matière d’art, attirant l’attention nationale par une série d’acquisitions et d’expositions audacieuses. Une exposition que Bloore organise en 1960 montre jusqu’où il est prêt à aller pour contester les approches conventionnelles de l’art.

 

 

1960-1980 : Nouvelles tendances et visions concurrentes dans l’art

En 1960, Ronald Bloore, conservateur de la Norman MacKenzie Art Gallery, collabore avec les artistes Ted Godwin et Kenneth Lochhead à une exposition rassemblant dix-huit œuvres attribuées à une sculptrice fictive, réalisées à partir de pièces de voitures usagées, de capsules de bière récupérées et de seaux de sable. Images and Studies, an Exhibition by Win Hedore (Images et études, une exposition de Win Hedore) provoque un tollé dans la ville et mène à des appels réclamant le congédiement de Bloore. L’année suivante, après avoir survécu au scandale, Bloore attire l’attention internationale sur un groupe de sept artistes de Regina avec The May Show (L’exposition de mai), qui sert à son tour d’inspiration à l’importante présentation Five Painters from Regina (Cinq peintres de Regina), tenue au Musée des beaux-arts du Canada.

 

Les Regina Five devant la Norman MacKenzie Art Gallery lors de l’exposition The May Show (L’exposition de mai), Regina, 1960, photographie non attribuée, Archives et collections spéciales de l’Université de Regina. De gauche à droite : Ronald Bloore, Arthur McKay, Douglas Morton, Kenneth Lochhead, Ted Godwin.

Ouverte en décembre 1961 à Ottawa, première étape d’une tournée pancanadienne, Five Painters from Regina (Cinq peintres de Regina) présente des œuvres abstraites de Bloore, Godwin, Lochhead, Arthur McKay et Douglas Morton. Cette présentation réunit les artistes — chacun ayant une approche différente de la technique et des éléments compositionnels de la peinture non figurative — afin de mettre en valeur leur ambition commune de faire progresser l’art d’avant-garde dans l’Ouest canadien. Ils affinent leurs explorations modernistes à Emma Lake, notamment lors de l’atelier de 1959 dirigé par le peintre du mouvement Colour Field Barnett Newman.

 

Au-delà de leur contribution à propulser des Regina Five sur la scène nationale et internationale, les ateliers d’Emma Lake demeurent, au cours de la décennie suivante, des catalyseurs essentiels du développement de l’art moderne en Saskatchewan et au Canada. Des artistes et critiques américains de premier plan, notamment Clement Greenberg (1909–1994), Lawrence Alloway (1926–1990), John Cage (1912–1992), Frank Stella (1936–2024) et Donald Judd (1928–1994), affluent dans le nord de la Saskatchewan, y dirigeant des sessions et faisant la promotion des idéaux modernistes dans le même cadre de forêt boréale qui avait autrefois inspiré des peintres majeurs de la province comme Augustus Kenderdine et Ernest Lindner.

 

Un espace d’exposition dédié au sein de la nouvelle bibliothèque publique de Regina, ouverte en 1962, devient rapidement un lieu de diffusion de l’art contemporain dans la ville. Son premier conservateur, Bruce Parsons — un artiste formé au Ontario College of Art (aujourd’hui l’Université de l’ÉADO) qui participera plus tard aux ateliers d’Emma Lake dirigés par Frank Stella, Kenneth Noland (1924-2010) et Jules Olitski (1922-2007) — encourage l’expérimentation et l’innovation au sein de la galerie, où il présente ses vibrantes peintures colour field aux côtés des œuvres abstraites de McKay et de Morton. Parsons expose également les œuvres de peintres modernistes de Regina en émergence, dont Simon de Jong (1942-2011), Kenneth Peters et Joan Rankin, ainsi que celles de Marion Nicoll (1909-1985), une artiste établie à Calgary. 

 

Kenneth Lochhead, Blue Extension (Extension bleue), 1963, acrylique sur toile, 203,2 x 249,6 cm, Collection d’arts visuels d’Affaires mondiales Canada, Ottawa.
Bruce Parsons, Hot Alors / big red sky (Hot alors / grand ciel rouge), 1965, acrylique sur toile, 139,7 x 200,7 cm, Collection d’art du président de l’Université de Regina.

 

Regina continue de tirer profit d’une économie d’après-guerre vigoureuse et d’une croissance rapide tout au long des années 1960. En 1962, en partie pour répondre à l’augmentation de sa population (d’environ 65 000 personnes en 1945 à plus de 120 000 en 1960), la ville crée la Wascana Centre Authority et retient les services des architectes Minoru Yamasaki (1912-1986) et Thomas Church (1902-1978) afin d’ajouter des centaines d’hectares au parc Wascana. Le nouveau plan s’appuie sur la vision antérieure de Frederick Todd et de Thomas H. Mawson (1861–1933) pour l’aménagement du secteur entourant l’édifice de l’Assemblée législative de la Saskatchewan, et comprend le développement d’un nouveau campus de l’Université de Regina dans la partie sud-est de la ville. Avec ses 930 hectares, le Wascana Centre compte parmi les plus grands parcs urbains en Amérique du Nord. Il comprend plusieurs œuvres d’art remarquables, dont trois vaches en bronze — Potter, 1990; Valadon, 1990; et Teevo,1993 — de Joe Fafard (1942–2019); la sculpture The Four Directions (Les quatre directions), 2005, de Lionel Peyachew (né en 1957); et Four Part Vertical Double Plane Structurist Relief (Relief structuriste à double plan vertical en quatre parties), de la série Winter Sky (Ciel d’hiver), 1980–1983, d’Eli Bornstein (né en 1922), exposée dans le hall de Wascana Place.

 

Joe Fafard, Teevo, 1993, bronze, 70 x 93 x 42 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.

 

Vers la fin de la décennie, la scène artistique de la ville connaît un important repositionnement par rapport à l’abstraction post-picturale influencée par New York, soutenue par le critique d’art Clement Greenberg et adoptée par les Regina Five et leurs adeptes. À la fin des années 1960, ces approches autrefois d’avant-garde en viennent à représenter l’establishment artistique. Une nouvelle série d’échanges avec des artistes et des critiques des États-Unis — cette fois-ci de Californie — prépare d’autres transformations dans l’identité de Regina comme pôle d’expérimentation créative. Comme le souligne Matthew Teitelbaum, le céramiste David Gilhooly (1943–2013) et l’artiste et historien de l’art David Zack (1938–1995), qui se joignent au corps professoral de Regina College en 1969 et 1970 respectivement, jouent un rôle majeur dans la redéfinition de l’art moderne à Regina. Gilhooly et Zack « provoquent et stimulent la communauté étudiante et professorale, ouvrant les catégories et hiérarchies établies de la création artistique réginoise grâce à leur ouverture à envisager l’art “comme quelque chose que les gens ordinaires font”. » 

 

Quand Gilhooly arrive du campus de l’Université de Californie à Davis pour enseigner au Regina College, il apporte avec lui sa propre version du California Funk, une esthétique de la côte Ouest centrée sur les sujets du quotidien, la culture populaire et le récit personnel, avec une pointe d’humour et de surréalisme. Le California Funk inspire en partie ce qui deviendra le mouvement Regina Clay. Partageant un espace d’atelier avec Fafard, Gilhooly se montre « théâtral », comme le rapporte Timothy Long : « Par des projections de diapositives fréquentes, Gilhooly expose ses groupes en céramique à un large éventail de possibilités, puis leur donne la liberté de faire ce qu’ils et veulent. »

 

David Gilhooly dans son atelier, 1975, photographie d’Eberhard Otto, Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.
Ann James, Flower Piece (Pièce florale), v.1968, argile, carbure de silicium, 19,7 x 21,6 x 21,6 cm, collection permanente SK Arts, Regina.

 

L’approche de Gilhooly influence un groupe d’artistes travaillant la sculpture céramique, dont Victor Cicansky (1935-2025), Ann James (1925-2011), Marilyn Levine (1935-2005) et Jack Sures (1934-2018). Leur art est ancré dans l’environnement local, plutôt que dans les grands centres urbains, et met l’accent sur des expériences individuelles courantes. Pour des artistes comme Cicansky, David Thauberger (né en 1948) et Joe Fafard, l’intérêt pour le vernaculaire leur donne la confiance nécessaire pour considérer leur « leur propre culture et leur propre contexte historique, l’expérience des Prairies, comme étant équivalent à tout autre sujet d’étude culturelle ». Bien que le mouvement Regina Clay soit de courte durée, il attire néanmoins l’attention internationale lorsque six céramistes de Regina font partie de l’exposition parisienne Canada Trajectories 73 (Canada trajectoires 73). 

 

Marilyn Levine, Bob’s Cowboy Boots (Les bottes de cowboy de Bob), 1973, céramique, gauche : 33,7 x 34,1 x 13,0 cm, droite : 33,3 x 33,5 x 15,4 cm, collection privée.

Malgré les changements majeurs survenus dans le paysage créatif réginois — notamment ceux qui valent aux artistes de la ville une attention accrue, tant au pays qu’à l’international — la communauté artistique demeure très soudée. Les institutions publiques prospèrent dans les années 1970; toutefois, il reste difficile d’exploiter une galerie d’art commerciale viable dans la ville. Cette difficulté tient en partie au fait que les collectionneurs et collectionneuses achètent souvent les œuvres directement auprès des artistes plutôt que par l’intermédiaire de galeristes. Mashel Teitelbaum, un artiste originaire de Saskatoon, ouvre la première galerie commerciale de la ville, la Red Door Gallery, en 1947. Cette entreprise, qui vise à promouvoir des artistes d’art contemporain de Saskatchewan peu en vue, reçoit des critiques positives dans la presse locale, mais ne dure pas plus d’un an. Regina demeure sans galerie commerciale viable jusqu’à l’ouverture de l’Assiniboia Gallery et de la Susan Whitney Art Gallery en 1977 et 1979, respectivement. 

 

Depuis sa fondation, la Assiniboia Gallery se consacre à l’art canadien, notamment la peinture, les œuvres sur papier et la céramique. Elle est la première galerie commerciale de Regina à exposer de l’art autochtone, dont les créations d’Allen Sapp (1928-2015), Bob Boyer (1948-2004), Daphne Odjig (1919-2016) et Gerald McMaster (né en 1953). Parmi ces artistes, Sapp — reconnu surtout pour ses peintures réalistes représentant des scènes de son enfance dans les années 1940 et 1950 — suscite le plus d’intérêt et devient par la suite l’une des figures majeures de la province. Toujours en activité, la galerie représente aujourd’hui une cinquantaine d’artistes de renom et de talents émergents, dont plus de la moitié proviennent de la Saskatchewan.

 

La Susan Whitney Art Gallery, pour sa part, présente un plus grand nombre d’œuvres provenant d’autres régions du Canada, dont des peintures, des sculptures, des tapisseries, des photographies et des meubles, ainsi que des œuvres des Regina Five et d’artistes d’art populaire canadien comme Dmytro Stryjek (1899-1991), Molly Lenhardt (1914-1995) et William McCargar (1906-1980). Employée auparavant par la galerie éphémère Kesik, Susan Whitney sait à quel point il est difficile d’exploiter avec succès une galerie commerciale à Regina. Elle fonde donc sa propre galerie selon un modèle coopératif, assumant la présidence et s’entourant d’un groupe d’actionnaires composé d’artistes, dont Cicansky et Fafard, ainsi que de collectionneuses et collectionneurs comme Jill Rawlinson et Richard Spafford. Parmi les expositions marquantes de la galerie figurent les expositions annuelles Made in Saskatchewan (Fait en Saskatchewan) La première, tenue en 1980, présente des objets décoratifs artisanaux d’origine canadienne-française, mennonite et ukrainienne, une vingtaine de pièces de poterie commerciale de la Saskatchewan datant du début des années 1900, ainsi que des peintures réalisées par neuf artistes d’art populaire contemporain.

 

Allen Sapp, Found His Brother’s Horse (Il a trouvé le cheval de son frère), 1974, acrylique sur toile, 76,5 x 122 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.

 

La reconnaissance critique des mouvements d’avant-garde locaux, tels que les Regina Five et le mouvement Regina Clay, fait de cette ville des Prairies un important centre culturel, rompant avec le sentiment d’isolement éprouvé par de nombreuses générations précédentes d’artistes. De nouvelles institutions, comme la Rosemont Art Gallery, fondée en 1974 comme antenne de la Norman MacKenzie Art Gallery, et Neutral Ground, le premier centre d’artistes autogéré de la ville, lancé en 1982, poursuivent dans cette voie en redéfinissant l’art à Regina selon une approche ancrée dans la communauté.

 

 

1976-2000 : Nouvelles voix autochtones

Du temps où Gerald McMaster était jeune professeur au Saskatchewan Indian Federated College (aujourd’hui l’Université des Premières Nations du Canada), à Regina, en 1979, photographie de Don Hall, Archives et collections spéciales de l’Université de Regina. Au fond, de gauche à droite : Michael Laliberte, Frank Asapace, Gerald McMaster, Leslie Goforth, Bob Boyer, Bryan Akiwenzie. Au premier rang, de gauche à droite : Dorothy Myo, Bob Boyer Jr., Patricia Dieter.

Dans un article publié en 1988 dans The Saskatchewan Indian, un magazine fondé en 1960 pour donner une voix aux autrices et auteurs autochtones, l’artiste et historien de l’art Gerald McMaster, qui est Cri des plaines et membre de la nation Siksika, évoque l’histoire complexe de l’art autochtone dans les Prairies. Il souligne que, bien que la créativité soit « profondément inscrite dans la trame culturelle [des Cris des Plaines] », les objets produits par les créatrices et créateurs autochtones ne sont souvent perçus que comme des curiosités ou des artefacts devant être sauvés en tant que preuves d’une culture vouée à disparaître. De fait, la notion de faire de l’art constitue un concept nouveau pour de nombreuses nations autochtones des Prairies, ce qui « n’empêche pas qu’il y ait eu de nombreuses personnes talentueuses, immédiatement reconnues au sein de la communauté traditionnelle pour leur créativité… En réalité, la terminologie des Cris des Plaines met en évidence des capacités de savoir-faire, mais il n’existe aucun mot ni concept pour désigner l’art. »

 

Les années 1970 constituent une décennie importante pour la déconstruction des barrières jusque-là érigées autour de la création artistique autochtone, non seulement en Saskatchewan mais partout au Canada. En grande partie grâce aux succès du peintre anishinaabe Norval Morrisseau (1931-2007), fondateur de l’école de Woodland, une nouvelle génération d’artistes autochtones commence à recevoir une attention nationale et internationale pour des œuvres novatrices, qui allient souvent des éléments de leurs propres traditions culturelles à des thèmes à des moyens d’expression contemporains.

 

Regina devient un carrefour pour celles et ceux qui allaient bientôt faire leur entrée dans la conscience collective nationale. La fondation du Saskatchewan Indian Federated College (SIFC) à l’Université de Regina en 1976, qui offre un programme en beaux-arts comprenant des cours en art autochtone et en histoire de l’art autochtone, joue un rôle clé dans leur développement créatif. Parmi les premiers enseignants figurent Bob Boyer, diplômé du Regina College et ancien élève de Ted Godwin, ainsi que McMaster, alors tout juste diplômé de l’école secondaire et engagé pour aider l’artiste d’origine italienne Sarain Stump (1945–1974) à élaborer un programme d’art destiné aux étudiantes et étudiants autochtones du SIFC. Boyer et McMaster créditent plus tard leur passage au SIFC comme fondamental dans l’approfondissement de leurs connaissances des principes de conception visuelle et la philosophie de l’art traditionnel des Premières Nations. L’embauche de Boyer au SIFC coïncide avec un moment charnière de sa pratique artistique, au cours duquel il combine l’abstraction avec des motifs issus de la culture visuelle traditionnelle des plaines du Nord. Son œuvre Sun Dance Shield (Bouclier de la Danse du Soleil), 1980, en est un exemple précoce particulièrement significatif. 

 

Bob Boyer, Sun Dance Shield (Bouclier de la Danse du Soleil), 1980, huile sur toile avec ruban, 288 x 103 cm, Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, Gatineau.

 

S’appuyant sur les bases établies par le SIFC, les institutions artistiques de la ville accordent une place croissante à l’art autochtone. Depuis plusieurs décennies, la MacKenzie Art Gallery se distingue comme l’une des pionnières parmi les musées canadiens dans ce domaine. En 1975, elle devient la première galerie d’art publique au Canada à présenter des objets matériels autochtones comme des œuvres d’art, dans l’exposition 100 Years of Saskatchewan Indian Art 1830–1930 (100 ans d’art autochtone en Saskatchewan 1830-1930) organisée par Boyer. L’exposition démontre que pratiquement chaque objet utilisé par les peuples autochtones des plaines du Nord comporte un certain degré de décoration. Parmi les pièces exposées figure une pochette sioux ornée de perles qui aurait appartenu à la fille de Tatanka Iyotanka (Sitting Bull) (v.1831-1890). 

 

L’exposition marquante 100 ans d’art autochtone en Saskatchewan 1830-1930 est suivie en 1982 par New Work by a New Generation (Nouvelles œuvres d’une nouvelle génération), la première grande exposition d’art autochtone contemporain au pays. Projet conjoint de la World Assembly of First Nations, du SFIC et de la MacKenzie Art Gallery, New Work by a New Generation est co-commissariée par Robert Houle (né en 1947) et présente des œuvres de Boyer, Carl Beam (1943-2005), Domingo Cisneros (né en 1942), Edward Poitras (né en 1953) et Jaune Quick-to-See Smith (1940-2025), qui, comme le décrit Houle, sont  tous « invariablement et intimement engagés dans la mise en récit d’expériences personnelles façonnées par la culture tribale […] mais exprimées à travers des concepts et des techniques modernes ». 

 

Vue de l’installation de New Work by a New Generation (Nouvelles œuvres d’une nouvelle génération) à la Norman Mackenzie Art Gallery, Regina, 1982, photographe de Don Hall. 
Katherine Boyer, The Sky Vest (Le gilet céleste), 2021, perles de rocaille sur peau d’élan fumée, 121,9 x 61 x 25,4 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

 

En 1998, la MacKenzie Art Gallery embauche Lee-Ann Martin (Mohawk, Territoire de Tyendinaga) comme première conservatrice en chef autochtone d’un musée d’art public au Canada. Michelle LaVallee (née en 1977; Ojibway, Chippewas of Nawash Unceded First Nation) se joint à l’équipe en 2007 à titre de conservatrice et organise plusieurs expositions d’importance, dont 13 Coyotes : Edward Poitras, 2012, ainsi qu’une rétrospective en 2013 du Professional Native Indian Artists Inc. Plus récemment, la MacKenzie Art Gallery présente Uprising: The Power of Mother Earth (Soulèvement : la force de la Terre Mère), 2019-2020, ainsi que Radical Stitch (Perler, radicalement), 2022, l’une des expositions les plus significatives jamais consacrées au perlage autochtone contemporaine sur l’île de la Tortue (Amérique du Nord). 

 

 

2000-2025 : Transformations démographiques et nouvelles orientations

Comme d’autres villes canadiennes, Regina connaît depuis le début des années 2000 des transformations démographiques importantes, avec un pourcentage croissant de sa population né à l’extérieur du Canada. Dans le sillage de ces changements, une scène artistique de plus en plus diversifiée continue de prospérer, bien au-delà de ce que les premières générations d’artistes et de mécènes auraient pu imaginer lorsqu’ils et elles ont établi leurs racines sur une parcelle de prairie inhospitalière.

 

Aujourd’hui, les artistes de Regina bénéficient d’un solide réseau d’institutions qui leur offrent des occasions de financer et d’exposer leur travail. Le Saskatchewan Arts Board, désormais connu sous le nom de SK Arts, continue de soutenir les artistes de la province et de collaborer étroitement avec les institutions afin de rendre les arts et la culture accessibles et appréciés par un large public. Aux côtés de la MacKenzie Art Gallery, le Musée des beaux-arts de Regina et la Dunlop Art Gallery maintiennent une programmation novatrice qui met souvent en lumière des pans méconnus de l’histoire de la Saskatchewan. Par exemple, au début de l’année 2025, la Dunlop présente BLACK PRAIRIES (PRAIRIES NOIRES), une exposition organisée par sa directrice, Alyssa Fearon, rendant hommage à plus de cent ans de production culturelle noire et afro-canadienne dans les Prairies, incluant les œuvres du photographe manitobain William « Billy » Beal (1874-1968). 

 

La création de centres d’artistes autogérés à Regina — le premier étant Neutral Ground, fondé en 1982 par Nida Home Doherty (née en 1950) et Roger Lee — exerce une influence profonde sur le développement de la scène de l’art contemporain de la ville. Le second centre d’artistes autogéré, le Sâkêwêwak First Nations Artists’ Collective, voit le jour en 1991 et consacre son mandat à la promotion de l’art autochtone contemporain. Prônant une approche centrée sur l’artiste, les centres d’artistes autogérés — ou « galeries parallèles », comme on les appelle souvent — soutiennent une programmation multidisciplinaire et créent des espaces essentiels pour les personnes créatrices qui travaillent dans des médias émergents et souhaitent exposer leurs œuvres. Parmi les artistes de la région se spécialisant en arts vidéo et en performance ayant bénéficié de ces espaces figurent Jori Anne Cachene, John G. Hampton, Rae Staseson et Garry Varro comptent les artistes de la région se spécialisant en arts vidéo et en performance qui bénéficient de ces espaces. 

 

Lionel Peyachew, Jeannie Mah (née en 1952), Keith Bird (né en 1955), Ruth Chambers (née en 1960), David Garneau (né en 1962), Zachari Logan (né en 1980), Ayla Dmyterko (née en 1988) et Audie Murray (née en 1993) comptent parmi nombre d’artistes en émergence qui se distinguent au cours des dernières années. Plusieurs, dont Dmyterko, Garneau, Logan et Murray, exposent leurs œuvres partout au Canada et à l’international, une tendance de plus en plus courante chez les artistes de Regina.

 

Jeannie Mah, Train : Les Arrivées (détail), 2020, porcelaine avec transferts photocopiés et sous-glaçures, rétroprojecteurs et vidéo, 40 min, dimensions variables, Remai Modern, Saskatoon. La photo du rétroprojecteur à gauche est MIKAN n° 3402772, avec l’aimable autorisation de Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa. La photo du rétroprojecteur à droite est They Also Lay Tracks (On pose aussi des rails), avec l’aimable autorisation du Conseil national des Canadiens chinois, section de Toronto. L’image de la carte postale de Broadway Avenue, Yorkton, reproduite sur une tasse en porcelaine, avec l’aimable autorisation du Saskatchewan Council for Archives and Archivists, Regina.
Audie Murray, Chi Fii Embraces the Old Ones (Chi Fii enlace les Sages), 2021, photographies numériques sur vinyle en tissu, 365,8 x 182,9 cm chacune, Nanaimo Art Gallery.

 

Les galeries commerciales continuent de jouer un rôle important dans la promotion de l’art à Regina. La plus récente, la Slate Fine Art Gallery, est inaugurée en 2013 par Gina Fafard, la fille de Joe Fafard. Axée sur l’art canadien contemporain dans une variété de moyens d’expression, Slate représente le travail de plusieurs des artistes les plus solides de la Saskatchewan, dont Ruth Cuthand (née en 1954), Marsha Kennedy (née en 1951), David Thauberger et Zane Wilcox, ainsi que celui d’artistes en émergence tels que Heather M. Cline (née en 1970), Gabriela García-Luna (née en 1963) et Belinda Harrow (née en 1971).

 

Comme c’est le cas depuis les débuts de Regina, la communauté artistique de la ville s’épanouit grâce à la collaboration, une marque de fabrique adoptée par pratiquement toutes les organisations culturelles de la ville. Le secteur culturel de Regina continue aussi de bénéficier du leadership des femmes, d’une infrastructure éducative solide comprenant des programmes en arts visuels à l’Université des Premières Nations et à l’Université de Regina, ainsi que d’un large éventail de sources de financement offertes par des organismes comme SK Arts. L’ensemble de ces facteurs a permis à la scène artistique de Regina de demeurer parmi les plus dynamiques au Canada.

 

Keith Bird, Spotted Thunderbird Healer (Oiseau-Tonnerre tacheté guérisseur), 2010, pigments à l’huile sur peau de bison, 243,8 x 182,9 cm, collection d’art du président de l’Université de Regina.

 

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