Jan Wyers (1888-1973)
Jan Wyers, These Good Old Thrashing Days (Le bon vieux temps du battage du grain), v.1955
Huile sur toile, 71,1 x 99,1 cm
MacKenzie Art Gallery, Regina
Jan Wyers se fait connaître à l’échelle nationale en 1959, lorsque huit de ses peintures, dont These Good Old Thrashing Days (Le bon vieux temps du battage du grain), sont présentées dans l’exposition Folk Painters of the Canadian West (Peintres populaires de l’Ouest canadien) au Musée des beaux-arts du Canada. Inspirées des premières expériences de Wyers au sein d’équipes de battage au Dakota du Nord et au Dakota du Sud, l’œuvre est décrite par Ronald Bloore (1925-2009) dans un article paru en 1960 dans Canadian Art comme un « psaume d’action de grâce dont la profonde simplicité prend sa source dans la réponse humble de l’homme à la vie, sans égard à la tradition ni à la société ». La participation de Wyers à cette exposition consolide son statut d’artiste d’art populaire parmi les plus notables de la Saskatchewan.


Wyers naît aux Pays-Bas et immigre aux États-Unis au début de la vingtaine. En 1916, il achète un quart de section de terre près de Windthorst, en Saskatchewan, où il établit une concession agricole. Bien qu’il n’ait jamais reçu de formation artistique formelle, Wyers commence à peindre en 1937 alors qu’il se remet d’une rupture de l’appendice. Il poursuit sa pratique durant les mois d’hiver, réalisant généralement une ou deux œuvres avant que l’arrivée du printemps ne le ramène aux travaux des champs. La plupart de ses compositions aux couleurs vives, peintes à l’huile sur Masonite, évoquent des souvenirs d’enfance, des scènes de la vie agricole locale ainsi que des autoportraits. À l’instar d’autres artistes d’art populaire des Prairies, tels que William Panko (1892-1948), Wyers peuple ses paysages d’une intense activité humaine, proposant une image des Prairies qui contraste avec la prédilection du modernisme du vingtième siècle pour le paysage pur, vidé de toute présence humaine, une vision détachée et souvent abstraite.
Les œuvres de Jan Wyers sont présentées pour la première fois lors de la septième exposition annuelle du Saskatchewan Arts Board, tenue à la Norman MacKenzie Art Gallery en 1956. Parmi les œuvres exposées figure The First Saskatchewan Harvest (La première récolte en Saskatchewan), v.1956, qui vaut à Wyers un prix du mérite. Norah McCullough (1903-1993), secrétaire exécutive du conseil, s’emploie alors à repérer des artistes d’art populaire susceptibles de s’inscrire dans ce qu’elle perçoit comme une tradition artistique rurale remontant à plusieurs siècles. Elle inclut huit peintures de Wyers dans l’exposition Folk Painters of the Canadian West (Peintres populaires de l’Ouest canadien) aux côtés d’œuvres de William Panko, W. N. Stewart (1888-1960), Roland Keevil (1884-1963), Sydney H. Barker (1893-1970) et Eugene W. Dahlstrom (1885-1971). L’exposition ouvre ses portes à la MacKenzie en septembre 1959, avant de circuler au Musée des beaux-arts du Canada et dans d’autres lieux.
Après avoir pris sa retraite de l’activité agricole en 1960, Jan Wyers continue de peindre jusqu’à sa mort, en 1973. Il vit suffisamment longtemps pour voir la nouvelle bibliothèque de sa localité natale de Windthorst rebaptisée Jan Wyers Arts Centre, en reconnaissance de son rôle dans la valorisation des traditions d’art populaire de la Saskatchewan. En 1990, la MacKenzie Art Gallery organise une importante exposition rétrospective consacrée à Wyers, réunissant plus de soixante de ses œuvres.
Le style et les intérêts artistiques de Wyers se distinguent nettement du courant dominant de l’art professionnel au Canada, qui évolue vers une approche du paysage des Prairies conçue comme une exploration de la lumière et de l’ombre, de la perspective et de la représentation du ciel immense. Il bénéficie néanmoins de l’appui de certaines figures établies. Plusieurs artistes de la Saskatchewan, dont Joe Fafard (1942-2019) et David Thauberger (né en 1948), défendent activement son œuvre. Dans une entrevue accordée en 1973, Fafard exprime son affinité avec l’artiste, reconnaissant dans la peinture d’art populaire de Wyers « un naturel, une manière de faire qui ne repose ni sur des formules ni sur des règles […] mais sur un sens intérieur des choses ».
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