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Classée au seizième rang des plus grandes villes du Canada, Regina ne compte qu’une modeste population d’environ 250 000 âmes, mais son influence sur la scène artistique nationale est loin d’être négligeable. L’esprit créatif de la ville a toujours dépassé sa taille, donnant naissance au groupe influent des Regina Five et au mouvement avant-gardiste Regina Clay, tout en étant un lieu d’ancrage pour certaines des figures artistiques autochtones contemporaines les plus importantes du pays. Depuis sa fondation en 1882 dans une région reculée des prairies, Regina a su cultiver un écosystème artistique dynamique, alimenté par la résilience, la collaboration et un indéfectible esprit d’optimisme.

 

Ruth Pawson, Big Sky (New Hope – New Year) [Ciel immense (Nouvel espoir – Nouvelle année)], 1988, huile sur toile, 45,7 x 61 cm, collection privée.

Nombre d’auteurs et autrices de la Saskatchewan, dont W.O. Mitchell et Sinclair Ross, ont réfléchi à l’immensité sublime de la prairie canadienne et à son pouvoir de repousser les limites de l’imagination humaine. C’est cette caractéristique, alliée à la résilience et à un esprit de coopération profondément enraciné, qui s’est révélée essentielle à la création d’une communauté viable dans un environnement rude et impitoyable. Ces mêmes qualités ont également jeté les bases du développement artistique et culturel de Regina, qui, portée par cet esprit toujours vivant, continue de s’épanouir aujourd’hui.

 

À bien des égards, cet ouvrage s’inscrit dans une démarche de redécouverte. Ayant grandi à Regina, mes premières expériences marquantes en art ont été façonnées par les institutions de la région et les membres de leur corps enseignant. Je garde un souvenir vif des cours d’histoire de l’art suivis à l’Université de Regina avec Maija Bismanis, Roger Lee et Gerald McMaster (né en 1953). J’ai travaillé à la bibliothèque des beaux-arts, alors logée dans l’ancien édifice du Regina College, et je fréquentais souvent les ateliers de céramique et de sculpture situés à proximité. J’assistais aux expositions et aux événements de la Norman MacKenzie Art Gallery, et j’ai passé d’innombrables heures à la bibliothèque publique de Regina, à parcourir la vaste collection de livres d’art et à découvrir les dernières expositions de la Dunlop Art Gallery. J’éprouvais déjà un profond attachement à ces lieux bien avant de comprendre à quel point ils occupaient une place centrale dans le développement artistique de Regina.

 

Mon lien personnel avec le paysage des prairies du sud de la Saskatchewan a joué un rôle déterminant dans ma compréhension du rapport au lieu et de l’expression artistique. Les visites régulières des maisons d’enfance de mes parents, situées près d’Avonlea et d’Oxbow, m’ont offert un contact précoce et soutenu avec la géographie singulière de la région, marquée par ses ciels immenses et ses étendues ouvertes, souvent austères. Ces expériences ont nourri non seulement un attachement durable et profondément personnel à la province, mais aussi une sensibilité précoce à cette relation intime avec la prairie qui imprègne le travail de plusieurs artistes de la Saskatchewan. Le paysage, par sa seule présence, capte l’attention : son immensité, son calme et son atmosphère lui confèrent un caractère à la fois humble et durablement évocateur. L’artiste Ruth Pawson (1908-1994), qui a consacré plus de cinquante ans à la représentation des paysages de la prairie, incarnait pleinement cette sensibilité. Sa fascination profonde pour ce territoire transparaît dans une citation qu’elle conserva pendant de nombreuses années sur une fiche : 

 

Ce qu’il y a de formidable avec la prairie, c’est qu’elle s’étend à vos pieds, vous projetant sur une scène entourée de ciel à perte de vue… C’est une terre ancienne, façonnée par le temps, et le simple fait de s’y retrouver, d’être au cœur de cet espace, de sentir le vent entrer par la fenêtre ouverte, de percevoir l’immensité du monde, peut vous bouleverser d’extase.

 

Artiste métis dont on connaissait autrefois le nom, Sac ou poche murale (Métis), s.d., soie, velous, perles, fil, 18,5 x 15 cm, Royal Saskatchewan Museum, Regina.
Bob Boyer, A Minor Sport in Canada (Un sport mineur au Canada), 1985, acrylique et huile sur couverture de coton, 188 x 221 cm; dimensions totales avec accessoires: 208 x 240 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

 

Les peuples autochtones qui occupent depuis environ onze mille ans le territoire qu’on appelle aujourd’hui la Saskatchewan entretiennent eux aussi un lien profond avec la terre. Ils y ont laissé une grande richesse de pictogrammes et de pétroglyphes, répartis à travers la province, ainsi que de nombreux objets cérémoniels et utilitaires. Les peuples Cris, Saulteaux, Dakotas et Lakotas étaient les premiers habitants de Regina et de ses environs. Leur présence a profondément façonné le territoire, et cette influence continue de se faire sentir aujourd’hui. Considérés en grande partie par les premiers colons comme une « race en voie de disparition », les peuples autochtones des Prairies ont été marginalisés par la société blanche pendant une grande partie du vingtième siècle. Leur persévérance et leurs efforts constants pour réparer les effets du colonialisme portent aujourd’hui leurs fruits, notamment à travers l’art. Des institutions comme la MacKenzie Art Gallery ont soutenu cette résurgence, offrant une tribune à des artistes et pédagogues tels que Gerald McMaster, Bob Boyer (1948-2004) et Edward Poitras (né en 1953), dont les œuvres réaffirment les traditions culturelles tout en les réinventant dans des contextes contemporains.

 

Thomas H. Mawson & Sons, Proposed Subdivision of Property near Wascana Lake (Proposition de lotissement d’une propriété près du lac Wascana), v.1913, impression à l’aniline avec aquarelle et encre sur papier, 75,5 x 88,5 cm, Archives provinciales de la Saskatchewan, Regina.

L’emplacement choisi par la Compagnie de chemin de fer du Canadien Pacifique (CP) pour la future ville de Regina incorporée en 1882 offrait peu d’atouts naturels, hormis un petit ruisseau, affluent de la rivière Qu’Appelle. Pourtant, en quelques années à peine, la ville s’était dotée de solides maisons à ossature de bois, ainsi que d’églises, d’écoles, d’une gare ferroviaire et de bâtiments municipaux tels qu’un hôtel de ville et une caserne de pompiers. Des institutions consacrées à l’art et à l’éducation commencèrent également à émerger, de même que des espaces verts comme le parc Stanley, aménagé près de la gare du CP. Le gouvernement provincial se joignit bientôt aux efforts pour embellir le paysage de Regina en créant un vaste parc entourant l’édifice législatif, tandis que la ville contribua en plantant des milliers d’arbres le long de ses rues.

 

Les efforts visant à renforcer le tissu social de Regina furent menés en grande partie par des femmes, notamment par leur engagement au sein des comités paroissiaux et d’organismes comme le Regina Local Council of Women (LCW), fondé en 1895. Quelques années plus tard, le LCW mit sur pied un comité des beaux-arts et des arts appliqués. Bon nombre de ses membres — ainsi que les membres du Women’s Educational Club qui lui était affilié — abordaient l’art comme les autres formes de réforme sociale, le considérant essentiel à l’épanouissement d’une société éclairée et progressiste. Les deux groupes organisèrent des expositions publiques d’art et constituèrent des collections, qu’ils rendirent accessibles par l’entremise de la bibliothèque publique de Regina et du Regina College.

 

Malgré les efforts des groupes de femmes et d’organismes comme le Regina Sketch Club, l’isolement de la ville et sa petite taille rendaient difficile la possibilité pour les artistes de vivre de leur art. Pawson et Dorothy Martin (1909-1984) étaient enseignantes, Inglis Sheldon-Williams enseignait au Regina College, David H. Payne (1890-1950) travaillait comme facteur et Augustus Kenderdine (1870-1947) enseignait à l’Université de la Saskatchewan. Cependant, les obstacles liés à la poursuite de la formation artistique et à l’organisation d’expositions amenèrent plusieurs artistes à quitter la ville. Sybil Henley Jacobson (1881-1953), qui éprouvait des difficultés financières après son arrivée d’Angleterre en 1912, s’installa à Winnipeg en 1932, puis à Vancouver. George Campbell Tinning (1910-1996), qui avait étudié au Regina et exposé avec le Junior Art League, une organisation éphémère, ainsi que dans d’autres lieux, partit pour le Maine afin d’y étudier l’aquarelle. La talentueuse Mary Filer (1920-2016) exposa à Regina alors qu’elle était encore au secondaire, mais c’est à Montréal, où elle étudia à l’Institut neurologique de l’Université McGill, qu’elle renoua avec l’art. Mashel Teitelbaum (1921-1985), qui avait échoué dans sa tentative de fonder une galerie d’art en 1947, quitta la ville l’année suivante pour Vancouver.

 

L’élection, en 1944, d’un gouvernement de la Co-operative Commonwealth Federation (CCF) en Saskatchewan marqua l’adoption d’une nouvelle approche des arts. Cherchant à démocratiser l’accès à la culture et à accroître le soutien public, la CCF créa en 1948 le Saskatchewan Arts Board, le premier organisme du genre en Amérique du Nord. Dans les années d’après-guerre, Regina connut également un essor de l’activité artistique, stimulé par le rayonnement croissant du département d’art de l’Université de la Saskatchewan, campus de Regina, et par l’ouverture, en 1953, de la Norman MacKenzie Art Gallery. Ces jalons contribuèrent à la professionnalisation du milieu artistique, un élan renforcé par la création, en 1955, des ateliers du lac Emma et, à la fin des années 1960, par la création des premiers programmes universitaires en arts au campus de Regina.

 

Arthur McKay, Epic Theme (Thème épique), 1960, peinture commerciale et émail pour tuyau de poêle sur panneau dur, 121,9 x 182,3 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.
Douglas Morton, 2 Plus 2, 1966, acrylique sur toile, 215,1 x 215,3 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.

 

La communauté artistique de Regina continue d’être façonnée par une interaction complexe entre la géographie, l’histoire et les personnes qui y vivent. Dès ses débuts en tant que colonie isolée, la ville a développé une solide tradition de créativité et d’engagement culturel, malgré les défis posés par l’éloignement et le manque de ressources. Les efforts des artistes, des personnes enseignantes, des leaders communautaires et, en particulier, des organismes de femmes ont jeté les bases d’une scène culturelle dynamique. Le soutien gouvernemental, au milieu du vingtième siècle, a contribué à la professionnalisation du milieu artistique, tandis que des institutions comme l’Université de Regina et la MacKenzie Art Gallery ont offert une tribune à de nouvelles voix créatives. Aujourd’hui, les artistes autochtones jouent un rôle de premier plan dans la définition de l’identité artistique de la ville, puisant dans des racines culturelles profondes pour aborder des enjeux contemporains. L’héritage artistique de Regina continue d’évoluer, ancré dans son passé mais résolument tourné vers l’avenir.

 

David Thauberger, Long Haul (Long périple), 2000, acrylique sur toile, 162,2 x 177,8 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.

 

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