En Télécharger le livre Tous les livres d’art

Edward Poitras (né en 1953)

Edward Poitras (né en 1953)

Vue de l’installation d’Edward Poitras: The Trickster (Edward Poitras : Le filou) au Pavilion du Canada de la Biennale de Venise, 1995

Photographie d’Edward Poitras

En 1995, Edward Poitras devient le premier artiste autochtone à représenter le Canada à la Biennale de Venise, l’une des vitrines les plus prestigieuses de l’art contemporain à l’échelle mondiale. Poitras y présente une installation in situ comprenant un coyote à peu près grandeur nature, assemblé à partir de fragments d’os de divers animaux trouvés dans la prairie saskatchewanaise. Élément récurrent dans l’œuvre de Poitras, le coyote renvoie à la figure du filou présente dans de nombreux récits des cultures autochtones. Comme l’explique le commissaire de l’exposition, Gerald McMaster (né en 1955), dans le contexte de la Biennale de Venise, le coyote est « un symbole de survivance défiant les effets tragiques des impératifs coloniaux ».

 

Figure majeure de l’art multidisciplinaire au Canada, Poitras conjugue souvent sculpture, vidéo, performance et matériaux trouvés afin de construire des récits complexes sur les expériences autochtones. En associant des matériaux chargés de symboles — plumes, cuir brut ou os — à des objets issus du monde moderne, tels que le fil barbelé, l’électronique ou le béton, ses installations, comme Over the Gulf (Au-dessus du golfe), 1989, et Black Horse Offering (Offrande au cheval noir), 1990, élaborent de puissantes métaphores visuelles qui abordent la violence coloniale, les relations issues des traités, ainsi que le déplacement et la survivance culturelle des peuples autochtones.

 

Edward Poitras, Dusty Stars (Étoiles poussiéreuses), 1982, acrylique sur toile, 172,7 x 216 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.
Edward Poitras, Rock Heart (Cœur de pierre), 1994, impression numérique d’archive, 108,6 x 128,9 cm, MacKenzie Art Gallery, Regina.

Né à Regina, Poitras est un artiste métis et membre de la Première Nation George Gordon. Il reçoit ses premières formations en art en 1974 au Saskatchewan Indian Cultural College, à Saskatoon, où il est accompagné par l’artiste et poète Sarain Stump (1945-1974) à titre de mentor. Insistant sur l’importance d’une confiance en soi autochtone ancrée dans les traditions culturelles et spirituelles, Stump intègre à son enseignement des apprentissages liés au territoire : il fait camper les élèves sous des tipis à la réserve Moose Woods et leur demande de récolter des matériaux naturels — os, bois et pierre, notamment. Il invite aussi des artistes des métiers d’art à titre de personnes-ressources afin d’enseigner comment employer ces matériaux comme objets transformateurs au service de l’expression de soi. L’approche de Poitras, qui intègre des matériaux naturels à ses œuvres, découle en grande partie de cette formation artistique initiale.

 

À la suite du décès tragique de Stump à la fin de 1974, Poitras s’inscrit au Manitou College, à La Macaza, au Québec, où il étudie auprès de l’artiste autochtone mexicain Domingo Cisneros (né en 1942). De retour à Regina en 1976, Poitras exploite les techniques mixtes pour réaliser un vaste ensemble de sculptures et d’installations qui interrogent la marginalisation et l’effacement de l’histoire autochtone. Cinq de ses œuvres, dont Rainbow (Arc-en-ciel), 1981, et Dusty Stars (Étoiles poussiéreuses), 1982, figurent en 1982 dans l’importante exposition collective New Work by a New Generation (Nouvelles œuvres d’une nouvelle génération) présentée à la Norman MacKenzie Art Gallery.

 

C’est au début des années 1980 que Poitras commence à associer des matériaux naturels à des cartes de circuits imprimés, à des objets en plastique et à divers éléments trouvés dans des installations telles que Day Break Sentinel (Sentinelle de l’aube), 1983, une œuvre qui témoigne aussi de son intérêt pour la figure suspendue. Cette recherche autour des figures en suspension culmine avec Internal Recall (Rappel interne), 1986-1988, une installation où sept figures grandeur nature s’agenouillent, les mains liées par une corde fixée au plafond. Sur un mur voisin figurent des textes liés à des traités conclus avec les peuples autochtones; mis en relation avec les figures, ils évoquent des contrats contraignants et des promesses trahies. En 1986, Poitras réalise sa première œuvre à partir d’os de coyote et de colle avec Coyote, un motif récurrent qui reviendra dans plusieurs installations ultérieures.

 

L’importante contribution de Poitras à l’art contemporain est reconnue en 2002, lorsqu’il reçoit le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques. Depuis, son œuvre est largement exposée, notamment dans 13 Coyotes à la MacKenzie en 2012, puis dans Revolution in a Rock Garden (Révolution dans un jardin de pierres), une exposition-bilan réunissant des œuvres réalisées sur quatre décennies, présentée au Moose Museum & Art Gallery en 2023. Poitras continue de vivre et de travailler à la Première Nation George Gordon.

Télécharger Télécharger