Douglas Morton (1926-2004)
Douglas Morton, Continuum, 1967
Acrylique sur toile, 289,6 x 477,5 cm
Dunlop Art Gallery, Regina
Douglas Morton est sans doute mieux connu de la population réginoise pour sa murale Continuum, une œuvre de maturité composée de formes hard-edge imbriquées aux couleurs vives, caractéristiques de sa production des années 1960. La murale est commandée par Bruce Parsons (né en 1937), premier conservateur de la galerie d’art de la bibliothèque publique de Regina, qui obtient pour le projet un financement de la succursale réginoise de la société International Paints. Installée dans le hall d’entrée de la bibliothèque lors du Centenaire du Canada, l’œuvre s’inscrit dans l’élan prospectif et iconoclaste des projets de création qui foisonnent alors à travers le pays. Par son intérêt pour l’abstraction hard-edge et par sa formation aux États-Unis et en Europe, Morton contribue à jeter un pont entre les artistes de Regina et les grands courants internationaux de l’art de l’après-guerre.
Né à Winnipeg, Douglas Morton étudie à la Winnipeg School of Art auprès de Lionel LeMoine FitzGerald (1890-1956), avant d’entreprendre un parcours de formation plus éclectique. Il fréquente d’abord l’Université de Californie à Los Angeles, de 1946 à 1948, puis l’Académie Julian, à Paris, où il étudie auprès du peintre et théoricien cubiste André Lhote (1885–1962). En 1950, il poursuit à Londres, où il s’inscrit à la Camberwell School of Arts and Crafts et fréquente l’atelier du peintre expressionniste allemand Martin Bloch (1883-1954).

De retour au Canada, en 1951, Morton est nommé conservateur et directeur adjoint du Allied Arts Centre de Calgary, où il supervise le programme d’arts visuels et organise des expositions. Deux ans plus tard, il reprend la route : il s’installe à Regina pour prendre en charge l’entreprise familiale de tuyauterie industrielle, tout en consacrant une bonne part de son temps libre à la peinture. Durant cette période, il participe aussi à plusieurs ateliers d’artistes du lac Emma, dont ceux dirigés par les abstractionnistes américains Will Barnet (1911-2012), Barnett Newman (1905-1970), Kenneth Noland (1924-2010) et Jules Olitski (1922-2007).
C’est lors de l’atelier de 1959 dirigé par Newman que Morton, à l’instar de plusieurs de ses pairs à Regina, commence à expérimenter la peinture non figurative et réalise Swaying Over Silent (Oscillation sur le silence), 1959, ainsi que Emma Lake Abstract (Abstraction du lac Emma), 1960. En 1961, six de ses œuvres figurent dans l’exposition Five Painters from Regina (Cinq peintres de Regina) présentée au Musée des beaux-arts du Canada. Puis, en 1963, Morton devient le premier artiste de la région à se voir consacrer une importante exposition individuelle à la Norman MacKenzie Art Gallery. Parmi les trente-six œuvres réunies, on compte les premières peintures de Morton inspirées des théories du critique d’art Clement Greenberg (1909-1994) : des compositions aux couleurs vives, aux contours hard-edge, faites de formes imbriquées, qu’il reprend par la suite dans Continuum et dans d’autres œuvres, dont 2 plus 2, 1968.
En 1967, Morton est nommé directeur des arts visuels au campus de Regina de l’Université de la Saskatchewan. Il occupe ce poste jusqu’en 1969, année où il s’installe à Victoria, en Colombie-Britannique. Tout au long de sa carrière, Morton poursuit ses recherches sur la couleur et la forme, mais sa contribution la plus marquante à l’art canadien s’inscrit surtout dans ses années passées à Regina, au sein de la première vague d’artistes de la ville à adopter la peinture non figurative. Ses œuvres des années 1960 exercent une influence sur une deuxième génération de peintres qui s’inscrivent dans l’abstraction moderniste, dont Bruce Parsons et Joan Rankin (1927-2014).
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