Sybil Henley Jacobson (1881-1953)
Sybil Henley Jacobson, Early Morning (Tôt le matin), v.1915
Huile sur toile, 81,3 x 53,3 cm
Nutana Collegiate Memorial Art Gallery, Saskatoon
Sybil Henley Jacobson peint Early Morning (Tôt le matin) peu après son arrivée au Canada. Réalisée sur sa concession agricole près de North Battleford, cette œuvre évocatrice saisit la lumière et les ombres du petit matin dans les Prairies. Le ciel bas, maussade et nuageux qui surplombe la prairie et le rendu dramatique des branches de l’arbre, rappellent les conventions du paysage britannique du dix-neuvième siècle dans lesquelles Jacobson a été formée. Comptant parmi les artistes les plus douées de la Saskatchewan au début du vingtième siècle, Jacobson parvient à constituer un important corpus d’œuvres malgré l’isolement artistique, les difficultés financières et les épreuves personnelles.

Née à Londres, en Angleterre, Sybil Henley Jacobson étudie à la Hastings and St. Leonard’s Municipal School of Science, à la Lambeth School of Science and Art, puis, de 1906 à 1909, aux Royal Academy Schools, où elle suit les cours de John Singer Sargent (1856-1925). The Black Shawl (Le châle noir), v.1908, un autoportrait presque en pied que Jacobson réalise durant ses années en Angleterre, témoigne de l’influence de l’enseignement de Sargent, notamment dans le traitement expressif de la lumière et des textures, ainsi que du haut degré de maîtrise que Jacobson a acquis avant son installation au Canada.
Jacobson immigre en Saskatchewan avec son mari, le peintre Percy John Henley (1885-1917), en 1912. Le couple séjourne brièvement à Saskatoon avant de s’établir près de North Battleford. Après le décès de Henley en 1917, Jacobson se rend au Dakota du Nord avec celui qui deviendra son second mari, le Dr Johan Jacobson, puis revient en Saskatchewan en 1919, où elle s’installe et aménage un atelier dans le village de Lac Vert, dans le nord de la province. Jacobson enseigne à Saskatoon et est membre fondatrice du Saskatoon Art Club. À cette époque, elle expose Reverie (Rêverie), s.d., une œuvre qui est par la suite acquise par la Memorial Art Gallery at Nutana Collegiate, à Saskatoon. Jacobson décrit le sujet de Rêverie comme « une jeune fille de nationalité islandaise […] rendue par les traits et la couleur de peau, en particulier les cheveux couleur de lin ». Compte tenu des difficultés financières auxquelles elle fait face, cette vente représente un répit bienvenu pour l’artiste, qui a elle-même sculpté le cadre « entièrement à l’aide d’un ciseau à bois, d’un canif et d’un clou ». Elle précise : « Je l’ai fabriqué moi-même, un hiver, absolument seule dans les Prairies, à partir de bois équarri ».
Bien que Jacobson vive dans divers milieux ruraux et séjourne brièvement à Saskatoon et à Moose Jaw, elle participe régulièrement à des expositions à Regina, notamment aux expositions annuelles organisées par le comité des beaux-arts et des arts appliqués du Local Council of Women (LCW). Sa peinture Spinning Wheel (Rouet à filer), s.d., est acquise par le LCW en 1927 et exposée pendant de nombreuses années à la bibliothèque publique de Regina. En 1930, Jacobson figure parmi les dix femmes de Regina qui fondent la Women’s Art Association of Saskatchewan. La même année, elle présente des œuvres à la première exposition annuelle du groupe.
La Grande Dépression est plus durement ressentie en Saskatchewan que dans les autres provinces. Jacobson, qui éprouve alors des difficultés à subvenir à ses besoins, s’installe à Winnipeg en 1934, où elle reçoit des commandes de portraits de membres de la communauté juive de la ville. En 1936, à la suite du décès de son second mari, elle déménage à Vancouver, où elle poursuit sa pratique artistique et présente des œuvres dans la série d’expositions B.C. Artists (Artistes de la C.-B.) au Musée des beaux-arts de Vancouver. Jacobson meurt à Vancouver en 1953. Comme c’est le cas pour de nombreuses femmes peintres actives à Regina durant la première moitié du vingtième siècle, sa carrière demeure largement méconnue, en raison de l’isolement de la ville et du tournant vers le modernisme amorcé après la Seconde Guerre mondiale.
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