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Le cas remarquable de favus du Dr Roddick, montrant la répartition des croûtes et l’étendue de l’éruption sur le corps, 1880

Enfant ayant une maladie de peau

John Henry Walker, d’après William Raphael,

Le cas remarquable de favus du Dr Roddick, montrant la répartition des croûtes et l’étendue de l’éruption sur le corps, 1880
Encre sur papier, 23,9 x 14 cm
Musée McCord Stewart, Montréal

 

Illustration tirée du livre de William Osler, dir., Montreal General Hospital: Reports Clinical and Pathological, Montréal, Dawson Brothers, volume 1, 1880, planche VIII.

Au cours des années 1870 et 1880, William Raphael reçoit différentes commandes d’un jeune médecin, devenu professeur à l’Université McGill en 1875, qui allait devenir l’une des plus importantes figures de la médecine dans l’histoire canadienne, soit William Osler. Ces commandes, toutefois, ne correspondent en rien aux sujets traités habituellement par l’artiste. Elles visent plutôt l’élaboration de dessins de pathologies afin d’illustrer les recherches et les écrits du médecin. Au sein de ce corpus inédit, Dr. Roddick’s Remarkable Case of Favus, Showing the Distribution of the Scabs and the Extent of the Eruption on the Body (Le cas remarquable de favus du Dr Roddick, montrant la répartition des croûtes et l’étendue de l’éruption sur le corps), 1880, témoigne de la rigueur de Raphael dans la représentation anatomique.

 

Pour concevoir cette imagerie, l’artiste peut compter autant sur la collaboration des autorités médicales que sur une longue tradition artistique liée à l’étude du corps humain. De fait, au cours de sa formation berlinoise, Raphael avait déjà fait l’acquisition d’un savoir spécifique en anatomie. Selon l’approche académique, les élèves devaient aussi bien dessiner les particularités de l’enveloppe charnelle, qu’examiner méticuleusement l’intérieur du corps. Il était même de mise de dessiner d’après des cadavres écorchés afin d’être en mesure de reconnaître les différents muscles et, incidemment, de mieux en traduire les particularités.

 

William Raphael, Étude d’anatomie des muscles du bras, 1853-1876, mine de plomb sur papier vélin, 16,8 x 10,5 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
John Henry Walker, d’après William Raphael, Le cas de méningocèle occipitale du Dr Roddick, 1850-1885, encre sur papier monté sur papier, 23,9 x 14,2 cm, Musée McCord Stewart, Montréal.

Ces voyages à l’intérieur du corps trouvent d’ailleurs place dans les dessins de Raphael réalisés lors de ses années d’études, représentant notamment des fragments de corps écorchés. Lorsque Osler fait appel à ses talents, l’artiste n’est sans doute pas entièrement déconcerté par les demandes du médecin. Bien que la commande soit très éloignée d’un idéal esthétique associé à la quête de la beauté, et que le contact avec la mort et la maladie puisse évidemment troubler tout humain, il demeure que Raphael s’avère être un dessinateur anatomique d’un grand aplomb dans les circonstances. Il veille à ne ménager aucun détail, et ce, tout en privilégiant l’approche la plus objective possible, éloignée de tout effet dramatique.

 

L’appréciation du travail de Raphael est si manifeste que le médecin fait même appel à l’artiste tandis qu’il se trouve à l’étranger. Devenu professeur de médecine à la University of Pennsylvania, à Philadelphie, en 1884, Osler correspond avec le peintre l’année suivante. Il lui confie des tâches à distance, tout en mentionnant qu’il « n’y a personne ici qui puisse faire un travail anatomique aussi fin ».

 

Parmi les productions de Raphael nées de cette collaboration avec le docteur Osler, mentionnons trois planches parues dans le livre intitulé Montreal General Hospital: Reports Clinical and Pathological, édité en 1880. Dans ce livre dirigé par Osler, Raphael voit ses dessins reproduits par les soins de John Henry Walker (1831-1899), un graveur reconnu pour sa prédilection pour la xylogravure (gravure sur bois) et pour ses nombreuses contributions aux journaux montréalais. La planche III présente deux figures qui illustrent, respectivement, une « Atresia of pulmonary artery, with patent Ductus Arteriosus [Atrésie de l’artère pulmonaire, avec canal artériel patent] » et le « Ductus Arteriosus and Arch of Aorta in case of General Dropsy of Foetus [Le canal artériel et la cloison de l’aorte en cas d’hydropisie générale du fœtus] » ». La planche VII offre également deux figures associées au « Dr. Roddick’s Case of Occipital Meningocele [Cas de méningocèle occipital du Dr Roddick] ». Enfin, la planche VIII du volume est décrite ainsi : « Dr. Roddick’s Remarkable Case of Favus, showing the distribution of the crusts and the extent of the eruption on the body [Cas remarquable de Favus du Dr Roddick, montrant la répartition des croûtes et l’étendue de l’éruption sur le corps] ».

 

La posture de l’enfant, présenté de biais et nu, permet de dévoiler l’étendue de la maladie qui ronge la surface de son corps. En même temps, la pose, jambes écartées et bras gauche levé, n’est pas sans évoquer celle attendue des modèles vivants, lors de séances d’atelier. De fait, il était alors commun de simuler un mouvement du corps lors des poses, comme le rappelle un dessin réalisé par Raphael à Berlin, Garçon debout, de profil, 1854. De cette collaboration résulte une imagerie singulière qui, malgré tout son intérêt, ne trouvera pas refuge dans l’œuvre peinte de Raphael; elle reposera plutôt discrètement sous la couverture du livre d’Osler, réservée en son temps à un public éclairé et soucieux de développer un savoir médical.

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