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Avec le courant, 1892

Avec le courant

William Raphael, Avec le courant, 1892
Huile sur toile, 40,8 x 63,5 cm
Musée des beaux-arts de Montréal

Œuvre clé dans la production de William Raphael, Avec le courant reflète l’intérêt du peintre pour le plein air qu’il pratique allègrement en carrière. Dans l’œuvre, flottant doucement sur l’onde, un couple se repaît de soleil et de tranquillité dans un canot rouge. Dos à dos dans leur embarcation, la femme pêche à la mouche alors que l’homme, cigarette à la bouche, lit son journal. La couleur de leurs vêtements tout comme leur posture, l’une en blanc se tenant droite, l’autre en noir en position semi-couchée, les mettent en contraste. De même, au couvre-chef de l’élégante répond la kippa de l’homme. Ces différences trouvent aussi un écho dans le traitement pictural de l’artiste : la surface montre une diversité de touches, allant de la technique académique la plus soutenue dans le traitement des personnages aux coups de pinceau chargés de matière et apparents, qui construisent l’arrière-plan. La couleur rouge vif de l’embarcation crée également un contraste de couleurs complémentaires avec le paysage verdoyant. Malgré ces oppositions, l’œuvre présente une harmonie d’ensemble. La scène paisible, voire intime, s’inscrit ainsi dans un cadre naturel, dont le premier plan donne à voir une étendue d’eau sombre qui dédouble l’image du couple en un reflet au rendu étonnant.

 

William Raphael, La partie de canotage, 1876, huile sur toile, 33,2 x 52,4 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
William Raphael, Lancer l’appât, rivière Saint-Charles, Québec, 1895, huile sur toile, 43,2 x 68,6 cm, collection privée.

 

Amoureux de la nature, Raphael multiplie les voyages au cours de la période estivale à partir des années 1860. Il rapporte nombre d’esquisses dans ses carnets de dessins ainsi que des pochades réalisées sur le motif, qui lui seront ensuite précieuses dans la composition de ses œuvres. Ainsi, au cours des étés 1891 et 1892, l’artiste se rend notamment à Richmond et Otterburn Park (au Québec), ainsi que dans les villes américaines de Long Island et de Norfolk. Il y collectionne les détails d’arbres et de points d’eau, soit autant de motifs pouvant être réinvestis dans de futurs tableaux produits en atelier.

 

Avant de peindre Avec le courant, l’artiste a déjà représenté plusieurs fois ce sujet de personnages effectuant une promenade en canot, tel que dans The Boating Party (La partie de canotage), 1876, ou dans une esquisse réalisée à Sainte-Rose en 1884. Dans ces œuvres toutefois, les figures ne constituent que des détails destinés à mettre en valeur le paysage en amplifiant son échelle. En 1892, Raphael renverse la formule : la nature perd sa primauté, elle sert d’écrin à l’homme et à la femme, saisis dans un moment de paix, les vrais sujets de l’œuvre. Prenant sans doute assise sur des paysages déjà maintes fois visités, il met en place une composition en plan rapproché, en fermant l’arrière-plan par une végétation dense et sombre qui amplifie le contraste avec les personnages. De la sorte, Raphael parvient non seulement à centrer l’attention sur le duo, mais aussi à le couper du monde, le laissant seul dans cet instant suspendu.

 

Sans doute satisfait de son œuvre, il en réalise une variante quelques années plus tard, Throwing the Bait, River St. Charles, Quebec (Lancer l’appât, rivière Saint-Charles, Québec), 1895. Dans cette dernière version, l’arrière-plan est ouvert sur un paysage décrivant, au lointain, des montagnes baignées dans une atmosphère bleutée. Le couple, seul dans son univers, n’est pas sans évoquer la fin de carrière de Raphael, qui s’inscrit en retrait du monde de l’art, à la recherche de quiétude dans sa vie comme dans ses sujets.

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