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L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, 1869

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt

Roberts & Reinhold, d’après William Raphael, L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, 1869
Chromolithographie
Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa

L’œuvre de William Raphael et de Roberts & Reinhold, intitulée The Early Bird Picks Up the Worm (L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt), rappelle tout l’intérêt au Canada, dans les années 1860, pour le procédé de reproduction chromolithographique. Les collectionneurs, tout comme les artistes et les critiques, perçoivent le potentiel de cet art d’impression permettant d’obtenir la reproduction d’œuvres en couleurs, imitant ainsi la peinture à l’huile. La maison Roberts & Reinhold se démarque alors par la qualité et l’innovation technique de ses créations. Devenus partenaires d’affaires en 1864, Rudolf Reinhold et William Roberts, deux lithographes établis à Montréal, présentent leurs créations lors d’expositions provinciales et obtiennent différents succès. En 1868, leurs chromolithographies des aquarelles de Charles Jones (C. J.) Way (1835-1919) sont également saluées par les journaux.

 

En mars 1869, ils parviennent à soutenir la plus grande attention des médias et à obtenir un succès critique notoire par leur chromolithographie d’une peinture de Raphael intitulée L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. L’œuvre est immédiatement présentée dans les journaux comme une avancée technique pour l’époque, au Canada, supplantant les essais précédents dans le domaine. En effet, le journal Le Pays se fait des plus dithyrambiques :

 

Le dessinateur, M. Reinhold, a su donner à son tableau toute la vigueur et la profondeur de la peinture à l’huile. Les amateurs des beaux-arts parmi nous doivent tenir à honneur de favoriser autant que possible cet art nouveau qui met à la portée de tout le monde les productions des grands maîtres et tend à populariser l’amour du beau.

 

Offerte au prix de trois dollars, la chromolithographie permet même, selon le journal Daily Witness, « à de nombreux foyers canadiens de s’enorgueillir de peintures à l’huile qu’ils n’ont jamais eues auparavant ». Tout en assurant une démocratisation de l’art, soulignons que le procédé de Roberts & Reinhold exige un savoir-faire spécialisé. Témoignant encore de ce processus complexe, il existe deux ensembles de vingt-et-une épreuves progressives de cette production, conservés au Musée des beaux-arts du Canada et au Château Ramesay. Elles permettent de mieux saisir le traitement lié à la technique chromolithographique, les matrices distinctes jouant successivement un rôle dans l’ajout de couleurs sur le support, jusqu’à la complétion de l’image finale.

 

William Raphael, Les mendiants rivaux, 1861, huile sur toile, 66 x 61 cm, collection de Jonathan Wener, Montréal.

Ces ensembles de vingt-et-une épreuves sont complètement inédits et constituent d’ailleurs un cas exceptionnel dans l’étude des imprimés réalisés au Canada au cours du dix-neuvième siècle. Généralement, de telles séries, qui détaillent les étapes du procédé de reproduction, n’ont pas été préservées, ce qui en fait des pièces exceptionnelles dans l’histoire de l’art au Canada.

 

Il demeure impossible de préciser ce qui a amené Roberts & Reinhold à choisir l’œuvre peinte de Raphael pour leur chromolithographie. Est-ce que ce dernier en avait financé la reproduction? Ou, encore, est-ce que les chromolithographes et le peintre avaient conclu une entente commerciale? Quoiqu’il en soit, il est certain que l’œuvre peinte par Raphael a été réalisée en 1868 – comme en rend compte la date inscrite sous le nom de l’artiste, dans la chromolithographie – et présentée à Montréal la même année, lors de la première exposition de la Society of Canadian Artists.

 

Ce tableau de 1868 s’avère également être la reprise d’une peinture réalisée antérieurement par Raphael, en 1861. Ainsi, en 1868, tout en conservant la composition d’ensemble, l’artiste modifie le visage et la taille du mendiant de gauche, la porte séparant les personnages, tout comme l’ensemble du contexte architectural afin de resituer la scène dans un espace où se découvre, au lointain, le dôme du marché Bonsecours. Ce dernier choix est sans doute marqué par le succès des récentes peintures de l’artiste campées dans le vieux port montréalais, comme Behind Bonsecours Market, Montreal (Derrière le marché Bonsecours, Montréal), 1866.

 

Considéré comme humoristique, contenant également une part de morale, le sujet de l’œuvre tire parti d’un proverbe, « The Early Bird Picks Up the Worm », qui trouverait un équivalent français avec « l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ». Comme le montre la composition, un vieil homme, à gauche, sort d’une maison. Son sac porté en bandoulière est rempli de denrées. Présentant un visage satisfait, il croise du regard un autre mendiant qui, arrivé trop tard à la même maison, ne peut masquer sa déception : la charité des occupants de ce lieu a sans doute déjà été épuisée par le premier arrivé.

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