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Le tandem, 1869

Le tandem

William Raphael, Le tandem, 1869
Huile sur toile, 56,5 x 92,3 cm
Musée national des beaux-arts du Québec, Québec

Au tout début de l’année 1869, dans son atelier, William Raphael termine son tableau intitulé Le tandem. Avec sa composition en diagonale, l’œuvre dynamique met en évidence la réalité climatique canadienne, une tempête de neige s’annonçant par l’obscurité qui recouvre l’horizon. L’œuvre est immédiatement présentée au public par le galeriste William Scott, lequel est sans doute enjoué de découvrir cette nouvelle pièce du peintre. Elle se mérite aussitôt des éloges dans l’édition du 29 janvier du journal Evening Star. Le journaliste se montre admiratif devant cette composition dans laquelle « la tempête de neige et de grêle qui s’abat et s’éternise […] est très caractéristique de notre hiver ».

 

Bien que la représentation de traîneaux ne soit pas nouvelle dans l’art canadien, comme en témoignent les œuvres de James Peachey (décédé en 1797) à Cornelius Krieghoff (1815-1872), le tableau marque l’intérêt de Raphael pour des thèmes encore relativement peu empruntés jusqu’alors : la tempête hivernale et la représentation d’une scène de genre mettant des enfants en avant-plan. La description de l’œuvre qu’en donne l’historien de l’art Mario Béland ne pourrait être plus juste :

 

[U]n garçonnet, pressé d’éviter la tempête, conduit à vive allure un traîneau chargé de bois de chauffage et tiré par deux chiens. De chaque côté du traîneau, deux autres garçons maintiennent la course des bêtes par leurs cris, leur bâton ou leur fouet. Plus loin derrière, se détachant sur la masse sombre des nuages, une femme enfoncée dans la neige, probablement la mère, suit péniblement le groupe avec le plus jeune des enfants. À gauche, au bas d’une colline, la typique cabane en bois rond du Canada!

 

Malgré la menace de la neige à venir, l’œuvre dégage un caractère joyeux. Les enfants montrent des visages aux expressions cocasses, sans doute satisfaits de la vitesse de leur traîneau. L’un d’eux, à gauche, affiche même un large sourire tandis qu’il montre au jeune conducteur comment placer ses mains afin de contrôler la direction. Plus encore, le titre de l’œuvre, Le tandem, n’est pas choisi sans vouloir amuser le spectateur de l’époque : le mot tandem étant utilisé pour désigner de luxueux traîneaux tirés par deux chevaux, harnachés l’un devant l’autre. Avec une pointe d’humour, en représentant le grand dépouillement de ces jeunes, dont le moyen de transport de fortune est simplement tiré par deux chiens, Raphael fait un clin d’œil aux prestigieux Tandem Clubs de Montréal et de Québec, dont les excursions deviennent de véritables défilés afin d’exhiber richesse et raffinement.

 

Signe de son intérêt et de son succès, la composition de 1869 est reprise dans une autre version, Tandem, en 1878, misant davantage sur le moment de plaisir saisi par les jeunes garçons. En effet, ceux-ci parviennent à changer une corvée hivernale, celle de rapporter du bois à la maison, en un jeu. De même, la mère avançant péniblement dans la neige, traînant le petit dernier, a disparu, tandis que le ciel noirci annonçant la neige laisse dorénavant entrevoir une légère éclaircie.

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