Place du marché à foin, square Victoria, 1861
William Raphael, Place du marché à foin, square Victoria, 1861
Huile sur toile, 51,1 x 63,5 cm
Collection de Jonathan Wener, Montréal
Peinte au tout début de la carrière de William Raphael, Place du marché à foin, square Victoria est exemplaire de son talent dans la représentation de la vie urbaine de son temps. Par cette pièce, l’artiste effectue une grande démonstration de ses habiletés à réaliser une scène de genre qui reprend les fondements réalistes du courant Biedermeier, privilégiant une description minutieuse du réel. Dans son œuvre, Raphael dépeint l’animation du marché à foin de Montréal.
L’activité se situe au square Victoria, nommé ainsi en octobre 1860 en l’honneur de la reine (1819-1901) et à la suite de la visite royale de son fils, le prince de Galles (1841-1910), futur Édouard VII, à Montréal. Cet espace de commerce constitue alors un organe essentiel à la cité, permettant une connexion avec les fermes et les terres des alentours. Les citadins s’y approvisionnent directement en denrées nécessaires à leurs chevaux et à leur bétail qui, à cette époque, jouent un rôle crucial dans les transports.
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James Duncan, The Gavazzi Riot in Montreal (L’émeute Gavazzi à Montréal), 1853
Aquarelle, encre sépia, graphite, gouache, papier vélin, 32,6 x 41,3 cm
Musée de la civilisation, Québec -
Studio William Notman, Beaver Hall Hill from Victoria Square, Montreal, QC, 1866 (La côte du Beaver Hall depuis le square Victoria, Montréal, QC), 1866
Halogénures d’argent sur papier, monté sur papier, procédé à l’albumine, 8,5 x 5,6 cm
Musée McCord Stewart, Montréal
Une photographie du square Victoria, La côte du Beaver Hall depuis le square Victoria, Montréal, QC, 1866, datée de 1866, permet de constater à quel point le peintre a recherché l’exactitude dans la représentation de cet environnement urbain. Dans un tableau de 1853, James Duncan (1806-1881) donne quant à lui un autre aperçu du square Victoria. À la suite des discours anti-catholiques prononcés par l’Italien Alessandro Gavazzi, l’espace décrit par Duncan est assailli par des émeutiers convergeant vers l’église Sion, fondée en 1832. Le cadrage du lieu est similaire chez Raphael et Duncan : ce dernier embrasse un point de vue plus panoramique, tandis que le premier nous invite sur la place, au plus près de sa foisonnante activité.
Dans son tableau, Raphael représente un scieur de bois et un vendeur d’eau au premier plan, à droite. Il rappelle ainsi divers petits métiers associés à ce lieu montréalais. Puis, au centre, pieds nus, un enfant boit à la « fontaine de santé », soit un ouvrage de pierre couronné de la représentation d’un castor. Un cheval attelé s’y abreuve également tandis qu’un homme patiente, debout sur sa charrette vide. En contraste avec cette dernière, un plein chargement de foin est tiré par un cheval blanc, escorté par un homme qui menace la bête de son fouet. Ces deux charrettes, pleine et vide, mises à l’avant-plan, soulignent ainsi l’idée des échanges en cours dans l’espace du marché. Plus loin, au plan intermédiaire, est regroupé un ensemble d’attelages. L’une des charrettes, lourdement chargée, passe par l’ouverture centrale d’un édifice symétrique de briques rouges. Il s’agit d’un bâtiment de pesée construit en 1842, indispensable afin de déterminer le poids et la valeur de la cargaison de foin.
Le peintre décline ensuite, avec maints détails, une vue précise des bâtiments de cet environnement urbain d’autrefois. Coupée à gauche, se découvre une partie de la façade de l’église presbytérienne de Saint Andrew (détruite lors d’un incendie en 1869). Plus au centre, se distingue une toiture pentue, dont la pointe est décorée d’une croix. Il s’agit de l’église unitarienne Messiah (détruite lors d’un incendie en 1987) dont la partie centrale est marquée par de hauts vitraux cintrés. Puis, dans la partie de droite de la composition, reconnaissable par son toit gris et ses lucarnes, est représenté l’hospice Sainte-Brigide (démoli en 1900), soit un refuge pour les invalides, les indigents et les sans-abris.
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