La curiosité, la créativité et des compétences techniques exceptionnelles, associées à une bonne dose d’humour, caractérisent la pratique photographique d’Hannah Maynard. Qu’elle ait recours à l’exposition multiple pour créer une photographie montrant trois Hannah, dont l’une verse du thé sur la tête d’une autre, ou un tableau vivant mettant en scène son petit-fils jouant un tour à sa grand-mère qui ne se doute de rien, elle mène constamment des expériences. Elle a ensuite habilement adapté les techniques qu’elle avait perfectionnées à son travail de portraitiste en studio. Très prisées par le public pour enrichir les albums photos et diffusées dans des journaux et magazines nord-américains, les expériences photographiques de Maynard étaient également un outil de marketing personnel. Elles attiraient efficacement des clients dans son studio grâce à son approche novatrice et ingénieuse.
Les expositions multiples

Une exposition multiple se produit lorsqu’un seul négatif photographique sensible à la lumière est exposé à la lumière à plusieurs reprises à travers l’obturateur et l’objectif d’un appareil photo. Elle permet ainsi de superposer plusieurs scènes les unes sur les autres. Au dix-neuvième siècle, de nombreux photographes utilisent cette technique pour raconter visuellement des histoires. Pour réaliser une double exposition de manière simple, les photographes demandent aux sujets de modifier leur position pendant une longue pose. Il est aussi possible de recouvrir et de dévoiler différentes zones de l’objectif. Cela crée une image dans laquelle les sujets semblent presque transparents, car ils se chevauchent, ou une image dans laquelle le sujet a apparemment un double identique.
Acquérir plus de dextérité et de créativité permet aux photographes d’employer des couvercles d’objectif rotatifs et des plaques photographiques spéciales pour enregistrer plusieurs clichés sur diverses zones du même négatif. Ces techniques ont de nombreuses applications. En portrait, les sujets peuvent se faire photographier dans plusieurs poses sur une même plaque sans chevauchement, ce qui constitue un moyen économique de créer une variété de tirages sans utiliser de nombreux négatifs sur plaque de verre coûteux. L’œuvre de Maynard intitulée With Mrs. Maynard’s Compliments (Avec les compliments de Mme Maynard), v.1895, est un exemple de cette technique. Une seule image offre neuf poses différentes de la photographe. Les portraits la représentent sous diverses perspectives, regardant dans différentes directions, levant parfois les yeux ou se regardant elle-même.
En plus d’avoir recours à des expositions multiples créées à l’aide d’un support à plaque coulissant, Maynard expérimente également l’utilisation d’un négatif papier pour produire un effet de bord recourbé. La boucle inférieure porte l’inscription « With Mrs. Maynard’s Compliments » [« Avec les hommages de Mme Maynard »]. Les expériences de Maynard avec les méthodes conventionnelles de double exposition l’amènent à repousser les limites de cette technique, créant des scènes dans lesquelles chaque exposition se fond dans la première. Hannah Maynard multiple exposure self portrait (Autoportrait à expositions multiples d’Hannah Maynard), 1880-1899 montre quatre expositions qui ne seraient pas particulièrement impressionnantes si l’on ne remarquait pas la guirlande de fleurs ininterrompue qui circule entre les mains des figures. Pour obtenir ce résultat, Maynard a exposé une partie du négatif, puis a recouvert cette zone et en a découvert une autre. Chaque fois, elle changeait de position. La guirlande était probablement suspendue dans l’atelier et la photographe veillait à ne pas la bouger lorsqu’elle la tenait à un autre endroit. Le soin qu’elle a apporté à l’éclairage de la scène et au déplacement précis du cache de l’objectif complique la détection de toute incohérence ou superposition des expositions.

Cette technique consistant à créer plusieurs médaillons à l’aide d’un support à plaque coulissant a été brevetée en 1855 par les Américains Albert Sands Southworth (1811-1894) et Josiah Johnson Hawes (1808-1901) pour être utilisée avec le daguerréotype. Dans les années 1860, le photographe français André Adolphe-Eugène Disdéri (1819-1889) l’adapte pour créer plusieurs cartes de visite à l’albumine à partir d’un seul négatif. Peu de photographes de studio au Canada pratiquent ces techniques, à l’exception de William Notman (1826-1891) à Montréal qui, contrairement à Maynard, a l’avantage de disposer d’un personnel nombreux et d’un vaste studio.
Maynard utilise principalement la technique de l’exposition multiple dans ses œuvres réalisées pour son plaisir personnel, qui ne sont généralement pas destinées à la vente. Cependant, elle présente plusieurs de ses autoportraits expérimentaux sur les panneaux d’affichage et les autres outils qu’elle emploie pour promouvoir ses services photographiques auprès de sa clientèle. Maynard réalise des portraits en studio pour faire tourner son entreprise, mais c’est sa curiosité et son sens artistique qui rendent son travail photographique remarquable, tant à son époque qu’à la nôtre.
Les tableaux vivants

Maynard ne qualifie jamais explicitement ses œuvres de « tableaux vivants », bien que cette expression soit parfois utilisée pour décrire ses photographies par les archives qui les ont collectionnées. Contrairement aux tableaux vivants traditionnels, qui s’inspirent de scènes tirées de la littérature et de la mythologie, les photographies hautement calculées et techniques de Maynard sont le fruit de son imagination fantaisiste. Dans Hannah Maynard in a tableau vivant (Hannah Maynard dans un tableau vivant), c.1895, la photographe – grâce à des poses soigneusement étudiées, à un agencement habile des objets et à la technique de l’exposition multiple – présente quatre versions d’elle-même dans une scène domestique. On observe un effet dynamique dans lequel les Hannah semblent non seulement converser entre elles, mais aussi collaborer dans leur travail.
Le tableau vivant trouve son origine dans des représentations théâtrales où les acteurs se réunissent pour créer une scène statique. Une attention particulière est accordée au langage corporel et à l’expression, aux relations entre les personnages et les accessoires ainsi qu’à l’éclairage et au décor. Dans les arts visuels, la sculpture et la peinture ont été utilisées pour préserver cette technique. En partie grâce à l’intérêt de la reine Victoria pour la photographie et à sa création de tableaux vivants mettant en scène ses propres enfants – comme dans Final and concluding of Tableau of the Season (Fin et conclusion du Tableau des saisons), 1854, du photographe britannique Roger Fenton (1819-1869) – cette forme d’art connaît un regain d’intérêt au dix-neuvième siècle, les photographes créant des tableaux vivants devant l’appareil photo afin de toucher un public plus large.

Roger Fenton, Final and concluding of Tableau of the Seasons (Fin et conclusion du Tableau des saisons), 1854, tirage sur papier salé, 16,8 x 16,9 cm, Royal Collection Trust, Château de Windsor, Berkshire.

Julia Margaret Cameron, The Passing of Arthur (Le décès d’Arthur), v.1875, tirage albuminé à partir d’un négatif sur verre au collodion humide, 34 x 27 cm, Victoria and Albert Museum, Londres.
Au début, la photographie semble être un moyen bien adapté pour immortaliser les tableaux vivants. Le fait d’emprunter une forme associée aux traditions du théâtre et de la peinture contribue également à renforcer les liens entre ce nouveau moyen d’expression et les beaux-arts. Au dix-neuvième siècle, de nombreuses tentatives de création de tableaux vivants sont très artificielles, comme on le voit dans les allégories atmosphériques de photographies telles que The Passing of Arthur (Le décès d’Arthur), vers 1875, de la photographe britannique Julia Margaret Cameron (1815-1879). Avec l’essor du pictorialisme au vingtième siècle, les scènes très mises en scène et stylisées sont pratiquement abandonnées au profit d’images qui transmettent des émotions. Les scènes grandeur nature des tableaux vivants ne sont pas non plus particulièrement compatibles avec le petit format du tirage photographique, quoiqu’elles fonctionnent mieux avec les stéréoscopes, qui produisent des scènes en trois dimensions capables de mieux plonger le public dans une scène captivante.
Maynard intègre une touche d’espièglerie et d’humour à ses scènes. Ainsi, Hannah Maynard and her grandson, Maynard McDonald (Hannah Maynard et son petit-fils, Maynard McDonald), v.1893, présente une exposition multiple d’une plaisanterie en cours. Les expressions du garçon font évoluer le récit. À l’extrême gauche, il regarde avec perplexité le garçon à l’extrême droite, qui fait osciller un insecte attaché à une ficelle au-dessus de l’épaule de Maynard tandis qu’elle est plongée dans un livre. Le garçon au centre nous regarde comme pour raconter la plaisanterie.

Les montages et les collages
Les compétences de Maynard en matière de développement et d’impression dans la chambre noire sont tout aussi importantes que son travail de photographe avec ses modèles dans le studio. Parmi ces techniques, le montage (ou photographie composite) et le collage occupent une place prépondérante. Bien qu’elle privilégie souvent le travail avec l’exposition multiple, Maynard a aussi parfois recours au montage. L’œuvre An unknown man and his daughters (Un homme inconnu et ses filles), 1885 expose la combinaison de deux négatifs : l’un représente un tissu à fleurs, l’autre, le portrait des deux jeunes filles principales. Les volants des cols des filles et la bordure du cadre en losange indiquent la superposition de deux négatifs différents.
Le montage consiste à découper, assembler ou réorganiser deux négatifs photographiques ou plus pour créer une nouvelle image. Celle-ci est souvent photographiée à nouveau afin d’obtenir une image finale unifiée. À partir de là, il est possible de réaliser plusieurs tirages. Cette technique diffère de l’exposition multiple, qui s’effectue sur un seul négatif. Elle se distingue également du collage, qui peut être uniquement photographique ou faire appel à divers matériaux préexistants, notamment des photographies, du papier, du tissu, du verre, des coupures de journaux et de magazines, des gravures et des peintures assemblés sur une seule feuille de support et parfois complétés par des collages, de la peinture et des matériaux texturés.

Hannah Maynard, An unknown man and his daughters (Un homme inconnu et ses filles), 1885, reproduit dans The Magic Box: The Eccentric Genius of Hannah Maynard, de Claire Weissman Wilks, Toronto, Exile Editions, 1980.

Au dix-neuvième siècle, le montage est souvent appelé « impression combinée » ou « photographie composite ». Les photographes emploient cette technique dans de nombreux cas. Il est particulièrement utile pour créer une image élaborée, dans laquelle toutes les parties sont également éclairées et mises au point, ce qui est difficile à réaliser en une seule exposition. Il permet également aux photographes de réunir des éléments disparates dans une seule image, même s’ils sont séparés par le temps et l’espace. Le photographe canadien William Notman, par exemple, invite les gens à se déguiser et se rendre dans son studio. Il les photographie séparément, puis utilise la technique de l’impression combinée pour les réunir dans de grandes photographies complexes et unifiées, comme Skating Carnival, Victoria Rink (Carnaval de patinage, patinoire Victoria), 1870. Le montage, bien que souvent moins illusionniste que les travaux à exposition multiple, est tout de même considéré comme une astuce de chambre noire qui remet en question l’idée de vérité photographique.
En plus du montage, Maynard explore le collage. Ses cartes de vœux annuelles Gems of British Columbia (Joyaux de la Colombie-Britannique) rassemblent des milliers de portraits d’enfants en une seule image fantaisiste. Bien que les originaux n’existent plus, nous pouvons déterminer qu’il s’agit de collages et non de montages en observant la manière dont les photographies imprimées et les autres matériaux (et non des négatifs comme dans le cas d’un montage) ont été réassemblés puis photographiés sur un seul négatif, maintenu par des pinces visibles de chaque côté de l’image.


Le caractère ludique est l’une des raisons d’employer le montage et le collage, mais ceux-ci peuvent également être utilisés de manière plus sérieuse. Par exemple, un montage de plusieurs négatifs d’un paysage pourrait créer un panorama improvisé, offrant au public une sensation plus expansive et immersive du lieu. Dans une image représentant les officiers du S.S. City of Kingston, créée vers 1890, Maynard assemble des portraits individuels qu’elle a pris avec une vue du navire réalisée par son mari, Richard. Astucieusement, Maynard utilise la fumée provenant de la cheminée du navire pour réunir les éléments à l’aide de peinture (dont les textures sont encore visibles) afin de prolonger le panache dans les portraits. Une fois assemblés, les éléments du collage ont été photographiés sur un seul négatif, puis imprimés sous forme de carte de cabinet de 10,8 centimètres sur 16,5 centimètres.
Les accessoires et les arrière-plans de studio
Les photographes de studio qui font un bon travail veillent à présenter leurs modèles de manière à refléter au mieux l’image que ces personnes ont d’elles-mêmes. Les accessoires contribuent à créer une photographie qui est plus qu’une simple ressemblance et qui reflète plutôt certains aspects de la personnalité ou du mode de vie d’une personne. Maynard conserve donc toute une gamme d’objets que ses modèles peuvent utiliser. Outre des chaises et des tables se trouvent des livres, des vases, des petits chevaux à bascule pour les enfants et même un carcajou empaillé.
Sur la photographie intitulée Charles E. Redfern’s children (Les enfants de Charles E. Redfern), v.1887, les accessoires permettent de situer les enfants dans une classe sociale et économique particulière. Redfern est bijoutier et horloger, conseiller municipal et sera plus tard maire de Victoria. Présenter ses enfants à côté d’une série de photographies témoigne d’un goût pour les arts et les sciences, d’une curiosité pour le monde ainsi que d’une certaine aisance et d’une forme de privilège. Cependant, rien n’empêche une personne de se faire faire son portrait au milieu de livres, même si elle est analphabète.

En plus des accessoires, le studio de Maynard propose toute une gamme d’arrière-plans peints, parmi lesquels les modèles peuvent choisir celui qui reflète le mieux un aspect de leur personnalité. Une toile de fond représentant un salon intérieur crée une impression très différente de celui d’une scène en extérieur. Maynard possède les deux, et de plus, il a été suggéré que bon nombre d’entre eux avaient été peints par sa petite-fille Laura Lillian (1873-1951), qui participait fréquemment aux activités de l’atelier. Sur un négatif sur plaque de verre représentant Steve Tingley et sa famille, réalisé entre 1874 et 1910, on aperçoit les bords de l’arrière-plan plein derrière les modèles. À droite, il est même possible d’en apercevoir un deuxième dans l’ombre derrière le premier, et à gauche, un autre encore, enroulé et appuyé contre le mur du fond.
La toile de fond la plus fantaisiste qui revient souvent dans les portraits de Maynard est peut-être un arrière-plan peint de Siwash Rock, un affleurement rocheux situé dans le parc Stanley à Vancouver. Même s’il ne se trouve pas à Victoria, ce site géographique célèbre et remarquable confère aux photographies une spécificité géographique inhabituelle dans le domaine du portrait en studio. Utilisé dans une scène de chasse ainsi que dans un autoportrait de Maynard et d’une fillette, peut-être sa petite-fille, il permet de raconter deux histoires différentes. La première est une scène rustique de la vie dans le bois, avec des oiseaux, des armes et du bois de grève. La seconde est une scène paisible représentant deux femmes dans la nature : Maynard, plongée dans un livre et la fillette qui joue avec un petit chariot dans le sable. Dans cette version, de vraies pierres apportées dans le studio complètent celles qui ont été peintes.


Le sol du studio de Maynard peut également être personnalisé. L’un des deux tapis moelleux utilisés pour la famille Tingley est également visible sur la photo des enfants de Redfern. D’autres images montrent un revêtement de sol imprimé amovible présentant différents motifs. Ce type de sol apparaît dans la scène de chasse. Disposé de manière à recouvrir le motif de roses, il est ensuite supprimé. Pour les archivistes et les recherchistes d’aujourd’hui, les accessoires et les décors de studio sont des outils utiles pour attribuer et dater des photographies. Dans le cas du studio Maynard, qui était parfois utilisé par d’autres photographes, le motif distinctif des carreaux de sol, visible ici dans la scène de chasse, a aidé les spécialistes à identifier les clichés pris dans le studio par d’autres photographes.
Les albums photos
-
Page tirée de l’album photographique de la famille Maynard, 1874-1899
Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria
-
Page tirée de l’album photographique de la famille Maynard, 1874-1899
Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria
-
Carte-de-cabinet de l’album photographique de la famille Maynard, 1874-1899
Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria
Au dix-neuvième siècle, les gens commencent à collectionner des photographies parce qu’elles sont peu coûteuses et très répandues. Les albums constituent un bon moyen de conserver et d’organiser des photos ainsi que d’autres souvenirs comme des notes, des lettres, des cartes illustrées, etc. Ces albums relatent les voyages, la vie familiale et les centres d’intérêt de leurs propriétaires. La plupart des gens qui vont au studio de Maynard le font dans le but de se faire prendre en photo et de placer leur portrait dans un album. Ils peuvent également ajouter des photos de paysages qu’Hannah Maynard vend dans son studio.
Outre la prise de photographies qui seront incluses dans les albums familiaux de Victoria et d’ailleurs, Maynard crée elle-même plusieurs recueils de sa famille. Véritables trésors, ces albums comportent des reliures et des ferrures en cuir délicatement gaufrées, et leurs pages sont souvent ornées de notes et de croquis décoratifs. Une page de Photograph album of the Maynard Family (Album photo de la famille Maynard), 1874-1899, regorge d’images prises par Maynard et d’autres personnes représentant des membres de la famille et des réunions familiales. Les photographies de famille de Maynard sont souvent plus ludiques que les portraits de famille plus posés et solennels qu’elle réalise pour d’autres personnes. Ainsi, sa famille se déguise et se met en scène dans une variété de décors peints et esquissés. Comme tout album cependant, il présente également la chronologie ancestrale et illustre les relations familiales.
D’autres membres de la famille Maynard conservent des albums qui reflètent leurs propres relations et centres d’intérêt. Le fils de Maynard, Albert, et sa femme Adelaide possédaient un album contenant une centaine de portraits sur cartes de visite réalisés par Maynard et d’autres photographes, comme W.A. Cooper et Egan’s New Photographic & Portrait Gallery, des studios établis en Ontario. Il existe de nombreux portraits d’Adelaide et de ses enfants, notamment ses filles Mabel Price Maynard (née en 1880) et Lille Elizabeth Maynard (née en 1884) ainsi que ses fils John Ridgemen Maynard (né en 1879) et Richard James Maynard (né en 1881). Ces visages ont également été repris sur les vœux Gems of British Columbia (Joyaux de la Colombie-Britannique) de Maynard. Dans les années 1890, Laura Lillian Maynard, la fille de George H. Maynard et Mary Elizabeth Davies, et petite-fille de Maynard, réalise son propre album qui montre des scènes familiales et des photos prises en studio. Les photographies qui y figurent ne sont pas attribuées, mais on ne pense pas qu’elles soient l’œuvre de Maynard. Peut-être s’agit-il d’images prises par Laura Lillian alors qu’elle apprenait la photographie par elle-même.


Hannah Maynard, Richard and Hannah Maynard’s granddaughter, Laura Lillian Maynard, named after Hannah’s daughter in remembrance (Petite-fille de Richard et Hannah Maynard, Laura Lillian Maynard, nommée en mémoire de la fille d’Hannah), v.1900, épreuve argentique, 22,7 x 17,5 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.
Les vœux
La fin du dix-neuvième siècle marque le début de l’ère des cartes postales. Cela s’explique en partie par une loi adoptée par le Congrès américain en 1861, qui autorise l’envoi par la poste sans enveloppe de cartes imprimées pesant moins de vingt-huit grammes. Les cartes postales sont alors un moyen peu coûteux d’envoyer des images à ses proches et à sa famille. Initialement ornées de croquis ou d’estampes, elles commencent à comporter de plus en plus de photographies à partir des années 1880. Les studios produisent beaucoup de cartes postales et continuent à les vendre jusqu’au vingtième siècle, même après le lancement par Kodak, en 1903, de l’appareil photo pliable no 3A qui permet à tout le monde de créer un négatif de la même taille que celui-ci.
Envoyer une photo de voyage, que vous l’ayez prise vous-même ou, plus probablement, achetée dans un studio comme celui de Maynard, est alors une nouvelle façon de raconter ses aventures à sa famille et à ses proches restés à la maison. Les familles qui s’installent à Victoria postent des cartes de visite ou des cartes de cabinet dans le même but. La photographie intitulée Portrait of Mr. William Phillips and family (Portrait de M. William Phillips et de sa famille), 1881, comporte une note manuscrite au verso : « Mme Phillips était la fille de M. et Mme Edward Milne père. Wm Phillips a préempté les sections 28 et 29 du district foncier de Sooke. » La préemption est une méthode permettant d’acquérir des terres de la Couronne provinciale. Une image comme celle-ci, envoyée à une famille éloignée, permettait de la rassurer quant à la réussite dans ce nouvel environnement.


La reproductibilité de la photographie en fait un moyen d’expression particulièrement adapté à divers usages populaires. Les cartes de visite et les cartes de cabinet, au plus grand format, qui leur succèdent, connaissent immédiatement un immense succès en tant que cartes professionnelles et objets de collection. Au dix-neuvième siècle, avec la démocratisation des voyages, les cartes postales avec photos acquièrent une fonction populaire similaire. Victoria est alors une ville de passage où se côtoient soldats, géomètres, prospecteurs, ouvriers et bien d’autres encore. Pour nombre de ces personnes, le studio de Maynard est une étape incontournable.
En évoquant sa carrière longue et prolifique, Maynard elle-même a confié avoir photographié presque tous les visages de Victoria. Son studio accueillait tout le monde, des bébés aux marins. Elle a su saisir les occasions offertes par une ville en pleine expansion et un intérêt croissant pour la photographie, combinant ses aptitudes techniques et sa créativité avec un sens aigu des affaires. Les portraits qu’elle a réalisés, dont beaucoup ont circulé de main en main, reflètent cet héritage.

À propos de l’autrice
Autres livres d’art en ligne
Remerciements