Enfant non identifiée sur une plage fictive s.d.
Hannah Maynard, Unidentified Child at a Mock Beach (Enfant non identifiée sur une plage fictive), s.d.
Carte de visite, 16,5 x 10,7 cm
Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria
Dans cette photographie composite représentant une petite fille sur une plage, Maynard a collé l’image de son modèle sur une autre photographie représentant de véritables rochers en extérieur, avant de les photographier à nouveau pour obtenir une seule image. Cette œuvre illustre l’ingéniosité de Maynard à réaliser la tâche difficile de photographier des enfants dans un décor qui semble naturel.
En 1894, le St. Louis and Canadian Photographer met en évidence le talent de Maynard pour capturer des images d’enfants et son habileté à utiliser ce talent pour son entreprise : « s’explique sans doute par l’attention qu’elle porte aux photographies d’enfants, de même que par ses efforts pour plaire aux parents de ces enfants. » Il est impossible d’expliquer ce succès autrement que par la gentillesse, la patience et l’utilisation de techniques novatrices de la part de Maynard. Bien que les archives du studio de Maynard soient assez limitées, les nombreuses photos d’enfants, comme le montre son ingénieuse série Gems of British Columbia (Joyaux de la Colombie-Britannique), témoignent de son processus créatif.

Chaise pour enfant, s.d., bois et métal, George Eastman Museum, Rochester, New York.

William James Topley, Ruttan Missie, 1876, négatif sur plaque de verre, 10,8 x 8,5 cm, Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.
Aux débuts de la photographie, les longs temps d’exposition des appareils photo obligent les modèles à rester immobiles pendant près d’une minute, une éternité pour des enfants. Souvent, les photographes installent leurs jeunes modèles contre une armature en bois qui maintient leur tête et leur corps en place pendant toute la durée de l’exposition. Nombre de photographes, comme l’Ottavien William James Topley (1845-1930), comptent également sur les parents pour tenir les bébés et les jeunes enfants devant l’appareil photo.
À l’inverse, Maynard n’utilise pas d’armatures et d’autres astuces courantes, faisant plutôt poser ses jeunes modèles de manière naturelle. Lorsqu’elle prend des photos d’enfants, elle s’efforce d’éviter les décors peints, les plantes en pot et les fauteuils recouverts de velours, qui sont souvent présents dans ses portraits d’adultes et de familles, comme on le voit dans Steve Tingley and family (Steve Tingley et sa famille), v.1874-1910. En revanche, la petite fille dans Enfant non identifiée sur une plage fictive – qui se détend sur son rocher presque comme si elle était vraiment en train de jouer – défie les poses rigides et formelles caractéristiques des portraits en studio de cette époque. Parfois, Maynard supprime complètement l’arrière-plan en découpant la photographie de son modèle et en la combinant avec une autre photographie représentant un paysage afin de créer un nouveau décor.

Hannah Maynard, Steve Tingley and family (Steve Tingley et sa famille), 1874-1910, négatif sur plaque de verre, 25,5 x 31 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

Comme dans Enfant non identifiée sur une plage fictive, Maynard réussit à dynamiser les poses plus statiques tout en conservant la netteté du sujet. Dans Studio portrait of three boys in sailor suits (Portrait en studio de trois garçons en costume de marin), v.1895, le garçon au centre est légèrement de profil, donnant l’impression qu’il est en train de se balancer tout en étant poussé par les garçons de chaque côté. Le décor place les personnages en plein air, en train de jouer. Ce type de pose n’était pas l’œuvre d’une personne qui se contente de réaliser des portraits, mais de quelqu’un qui souhaite capturer la personnalité et l’espièglerie de l’enfance, ce qui distingue Maynard dans sa pratique en studio. Son aisance avec les enfants vient peut-être aussi de son propre rôle de mère, qui lui permet de mieux comprendre ses jeunes sujets tout en répondant aux sensibilités et aux attentes victoriennes quant à ce qui constitue une clientèle acceptable pour une femme photographe professionnelle.
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