Ah Foo, cuisinier de Charles Frederic Newcombe v.1885
Hannah Maynard, Ah Foo, Charles Frederic Newcombe’s cook (Ah Foo, cuisinier de Charles Frederic Newcombe), v.1885
Carte de visite colorée à la main, 21,3 x 13 cm
Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria
Ah Foo était le cuisinier de Charles F. Newcombe (1851-1924), un botaniste et chercheur ethnographique britannique. Ce portrait fait partie de la collection privée de photographies de la famille Newcombe. Dans le studio de Maynard, il est courant que les personnes qui se font photographier apportent des accessoires qui reflètent un aspect de leur vie quotidienne. Ah Foo montre ici une image de lui-même qui souhaite être davantage qu’un simple cuisinier. Les éléments sur la table, tels que le chawan (bol à thé) et les pipes, ainsi que l’éventail plié et le livre tenu à la verticale, évoquent une personne cultivée et de haut rang social. Cependant, le gilet froissé, la robe simple et les chaussures trop petites pourraient laisser croire le contraire. De plus, il est confiant et regarde directement l’objectif de Maynard. Des photographies comme celle-ci constituent un moyen efficace d’apaiser l’inquiétude des parents et des êtres chers éloignés en démontrant que tout va bien.


Lorsque Victoria accède au statut de ville en 1862, trois cents de ses cinq mille habitants sont d’origine chinoise. Lors du recensement de 1881, ce nombre passe à six cent quatre-vingt-treize. On raconte souvent que Victoria abrite le plus ancien quartier chinois du Canada, qui subsiste toujours à son emplacement initial, sur la rue Fisgard. Il est situé à seulement quelques pas de l’endroit où se trouvait autrefois le studio de Maynard sur l’avenue Pandora. La communauté chinoise de Victoria de l’époque était très soudée et travaillait fort. Elle revendiquait haut et fort un traitement équitable pour ses membres tout en proposant que Victoria devienne un port franc, ce qui aurait entraîné l’abolition des tarifs douaniers sur les marchandises chinoises. Malgré des politiques racistes sévères telles que la Loi concernant l’immigration chinoise de 1900 du Canada (connue pour l’instauration d’une « taxe d’entrée » discriminatoire) et la Loi concernant l’immigration chinoise de 1923 (également connue sous le nom de « loi d’exclusion des Chinois ») ainsi que les efforts de longue date des autorités provinciales et fédérales pour lui refuser le droit de vote, la communauté chinoise de Victoria est demeurée forte et dynamique. Les photographies en sont un merveilleux témoignage.
Maynard réalise plusieurs portraits individuels et de groupe de modèles d’origine chinoise. Contrairement aux sujets autochtones qu’elle et Richard photographiaient, souvent dans le cadre de la documentation ethnographique coloniale, les modèles chinois ont pris l’initiative de poser pour ces portraits. Comme dans le cas de Ah Foo, cuisinier de Charles Frederic Newcombe, les photographies comme celle montrant un homme et quatre enfants, prenaient entre 1874 et 1910, témoignent d’une grande liberté d’action. Tout le monde est vêtu de ses plus beaux habits et paré d’accessoires. L’enfant à droite porte un magnifique vêtement en velours orné de pompons, tandis que l’homme et l’enfant à gauche tiennent des éventails. Chaque personne porte un chapeau et des chaussures brodés. (Ces enfants apparaissent également dans la série Gem [Joyaux] de Maynard, et l’arrière-plan peint ainsi que le sol à motifs de roses sont visibles dans de nombreux portraits de Maynard.)
Bon nombre des photographies réalisées par Maynard, en particulier pour des ethnologues comme Newcombe, qui collectionne alors des photographies d’Autochtones et de personnes racialisées, ont été prises dans le cadre de vastes programmes coloniaux. Cependant, à cette époque, il existe des photographes d’origine chinoise, comme C.D. (Chow Dong) Hoy (1883-1973) par exemple – qui ouvre un studio à Quesnel, en Colombie-Britannique, au début des années 1900 – qui s’adressent spécifiquement à une clientèle telle que Ah Foo et sont mieux équipés pour exprimer visuellement les intérêts de leurs modèles, comme on peut le voir dans la photographie de Hoy intitulée Chinese Man in Revolutionary Background (Un Chinois sur un arrière-plan révolutionnaire), prise en 1912. Pendant ce temps, à Victoria, Maynard comprend que si elle veut que son entreprise prospère dans une ville en pleine croissance et de plus en plus diversifiée, avec une population venue des quatre coins du monde, elle doit accueillir cette communauté aux multiples facettes dans son studio.
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