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Prisonnier 298 v.1903

Prisonnier 298

Hannah Maynard, Prisoner 298 (Prisonnier 298), v.1903

Épreuve à l’albumine

Bibliothèque et archives de l’Université de Victoria

En 1897, Maynard commence à recevoir des commandes du service de police de Victoria pour photographier des personnes placées en état d’arrestation. Elle photographie le prisonnier 298 dans un style similaire à celui qu’elle utilise pour les modèles qui paient pour un portrait réalisé dans son studio. Ce portrait détaillé et précis dissimule l’histoire d’un individu accusé de tentative de meurtre. Il aurait extorqué de l’argent à la caisse d’un saloon avant de tirer quatre coups de feu sur son propriétaire. (Un seul coup, non mortel, a atteint sa cible.)

 

La plupart des portraits réalisés par Maynard pour le service de police de Victoria présentent une vue de face ou de trois quarts du modèle. Toutefois, pour plusieurs images produites entre 1902 et 1903, y compris la photographie ci-dessus intitulée Prisonnier 298, Maynard utilise un miroir pour combiner les deux vues en une seule image. Il s’agit d’une technique que Maynard utilisait dans ses portraits en studio. À titre d’exemple, dans une photographie de sa fille Lillie en train de se laver les mains, la photographe a placé un miroir dans la scène afin de montrer le profil de la fillette ainsi que l’arrière de sa tête. Maynard positionnait également des miroirs au sol afin de créer des reflets semblables à ceux de l’eau pour représenter des enfants posant dans des scènes en extérieur.

 

À la fin du dix-neuvième siècle, Victoria est une ville en pleine mutation, avec un afflux constant de migrant·es venu·es du monde entier. La ville constitue également une étape cruciale pour les mineurs et les prospecteurs qui se rendent au Klondike. La nature en constante évolution de la population de la ville en fait un foyer de criminalité, et le service de police de la ville, créé en 1858, utilise la photographie comme méthode de surveillance, ce qui lui permet de dresser le profil des criminel·les de la ville.

 

Les photos d’identité judiciaire font souvent l’objet d’un intérêt sensationnaliste, en sortout lorsque le crime est particulièrement odieux ou inhabituel. Maynard prend ainsi la photo d’identité judiciaire de Belle Adams, l’une des meurtrières les plus scandaleuses de Victoria, entre 1897 et 1904. En 1898, Adams a été condamnée pour avoir assassiné un homme avec un rasoir. Le meurtre ainsi que le procès et la condamnation qui ont suivi ont été largement couverts par le Daily Colonist. Le numéro du 4 juin 1898 présente le titre accrocheur « By a Woman’s Hand. Charles Kincaid the Victim of His Mistress’ Jealous Rage. A Johnson Street Hotel the Scene of the Awful Crime » et décrit ensuite comment Adams a « à moitié sectionné » la tête de son amant marié.

 

La photographie d’Adams prise par Maynard met en évidence une jeune femme posée et réfléchie, vêtue d’une robe élégante et coiffée d’un chapeau tout aussi raffiné. Les portraits d’Adams, du prisonnier 298 et de nombreux autres sont composés avec le talent caractéristique de Maynard. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces portraits n’ont rien de sévère ni d’agressif. S’ils ne figuraient pas dans le registre de la police, on ne soupçonnerait jamais qu’ils représentent des criminel·les.

 

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