Une hypothèque sur la ferme 1890
George Agnew Reid, Mortgaging the Homestead (Une hypothèque sur la ferme), 1890
Huile sur toile, 130,1 x 213,3 cm
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Une hypothèque sur la ferme est l’œuvre la plus puissante sur le plan de la composition et la plus complexe sur le plan psychologique que Reid ait produite à ce stade de sa carrière. Pour beaucoup de gens, il s’agit de sa peinture la plus convaincante. De surcroît, elle est suffisamment célèbre, et son sujet, opportun, pour servir à deux campagnes électorales fédérales. Réalisée alors que Reid vient de rentrer d’un séjour de seize mois en Europe, alors qu’il est au sommet de sa gloire en tant que maître de scènes de genre rurales, la peinture rappelle l’époque de ses treize ans, quand son père avait hypothéqué la ferme familiale. Cette décision risquait d’entraîner un désastre financier si la famille ne s’acquittait pas de ses obligations. En 1890, lorsque l’œuvre Une hypothèque sur la ferme est exposée à Montréal et à Toronto, les critiques s’enthousiasment autant pour sa puissance dramatique dépourvue de sentimentalité que pour sa critique sociale; Reid est décrit comme « un amoureux sympathique de l’humanité ». Sans surprise, en avril 1890, lors de son élection à titre d’académicien à part entière de l’Académie royale des arts du Canada (ARC), il choisit Une hypothèque sur la ferme comme morceau de réception à l’institution, qui allait en faire don à la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada).
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Artiste inconnu·e, d’après George Agnew Reid, The Effect of the « National Policy » 1891 (L’effet de la « Politique nationale » 1891), 1891
Lithographie en noir et blanc sur papier vergé, 38 x 53,8 cm
Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa
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Samuel Hunter et Abiston Lith. & Pub. Co., Montréal, d’après George Agnew Reid, The Conservative Version, Mortgaging the (Canada) Homestead 1891 (La version conservatrice, Une hypothèque sur la ferme [canadienne] 1891), 1891
Lithographie en couleur, support : 58,3 x 85,9 cm
Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa
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George Agnew Reid, The Foreclosure of the Mortgage (La saisie de l’hypothèque), 1935 (copie de l’original de 1893)
Huile sur toile, 182 x 273,5 cm
Collection d’œuvres d’art du gouvernement de l’Ontario, Toronto
Dans un article publié un quart de siècle plus tard, Reid écrit sur cette expérience : l’hypothèque sur la ferme familiale « a limité ma vie. Quand j’ai appris son existence, certains espoirs chéris semblaient s’être envolés à jamais, et la ferme a changé de nature ». La connexion émotionnelle de Reid à ce sujet précis est soulignée par la figure de la mère, qui regarde directement la personne spectatrice, établissant ainsi le lien psychologique le plus saisissant de l’œuvre de Reid. En plus de sa résonance personnelle, le tableau témoigne de l’inquiétude de l’artiste face à la situation critique dans laquelle se trouvaient les agriculteurs contemporains du territoire du Dakota aux États-Unis : beaucoup d’entre eux, « les dignes comme les négligents et les prodigues », étaient « emportés dans la spirale de l’endettement » à cause du déclin des prix de leurs produits. « C’est alors, expliquera Reid, que j’ai commencé à m’intéresser aux divers mouvements destinés à soulager les inégalités dont notre civilisation tarde à se débarrasser. »
Comme le relèvera le conservateur Charles C. Hill, le lien entre Une hypothèque sur la ferme et les événements survenus aux États-Unis a trouvé une résonance au Canada, lors des campagnes électorales fédérales de 1891. Le parti conservateur du premier ministre John A. Macdonald était en faveur de tarifs douaniers pour protéger les industries canadiennes contre les importations bon marché des États-Unis. Le parti libéral de Wilfrid Laurier proposait quant à lui une politique de libre-échange. Chaque parti a publié une caricature d’Une hypothèque sur la ferme pour alerter la population des conséquences économiques désastreuses que les politiques de son opposant pourraient entraîner, y compris l’annexion du Canada par les États-Unis dans le cas du parti libéral. L’histoire ne conserve aucune trace confirmant le soutien de Reid à un parti plutôt qu’à l’autre, bien qu’il semble avoir autorisé l’utilisation de sa peinture par les libéraux (sur l’affiche, des remerciements lui sont adressés), et qu’il ait peint, peu de temps auparavant, des portraits de membres de familles libérales haut placées, dont la petite-fille du premier ministre de l’Ontario, Oliver Mowat.
En 1891 et 1892, Reid peint une œuvre complémentaire encore plus grande, The Foreclosure of the Mortgage (La saisie de l’hypothèque), qu’il présente en 1893 à l’Exposition universelle de Chicago, où elle remporte une médaille de bronze en plus d’être reproduite en pleine page dans le catalogue. Pourtant, lors de son exposition au Canada en 1892 et 1893, les critiques sont ambivalentes, apparemment en raison de son caractère si sombre. « Bien sûr, il [le tableau] possède de nombreuses qualités, écrit un critique montréalais, mais il est regrettable que tant de temps et de matériel soient gaspillés sur un tel sujet. Sur le plan du bon goût, il ne peut prétendre à la reconnaissance, et il est difficile de comprendre comment un tel sujet a pu attirer un artiste de l’envergure de M. Reid. »
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