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Hommage aux pionniers – Leurs noms et leurs actes, remémorés et oubliés, sont ici honorés 1898-1899, restauration en 1929

Hommage aux pionniers – Leurs noms et leurs actes, remémorés et oubliés, sont ici honorés

George Agnew Reid, Hail to the Pioneers, Their Names and Deeds Remembered and Forgotten We Honour Here (Hommage aux pionniers – Leurs noms et leurs actes, remémorés et oubliés, sont ici honorés), 1898-1899, restauré en 1929

Huile sur toile montée sur un mur de pierre, comprenant The Arrival of the Pioneers (L’arrivée des pionniers), 213,4 x 426,7 cm; Staking a Pioneer Farm (Jalonnement à la ferme des pionniers), 213,4 x 518,2 cm; et quatre figures allégoriques

Municipal Buildings (ancien hôtel de ville de Toronto)

 

L’image ci-dessus représente un élément de Hail to the Pioneers (Hommage aux pionniers) intitulé Staking a Pioneer Farm (Jalonnement à la ferme des pionniers).

Les peintures murales de Reid pour le hall d’entrée de ce qui est aujourd’hui l’ancien hôtel de ville de Toronto – lesquelles constituent également ses premières œuvres destinées à un espace public et son cycle le plus apprécié – comportent trois parties. L’arrivée des pionniers est disposée à gauche des trois arches de l’entrée, Jalonnement à la ferme des pionniers, à droite, tandis que les figures allégoriques ailées, Discovery (Découverte), Fame (Renommée), Fortune et Adventure (Aventure), trônent dans les quatre écoinçons des arches permettant d’accéder à la rue Queen. Les deux panneaux principaux traitent de l’établissement rural en Ontario, avec des sujets rappelant ceux des peintures murales consacrées à l’histoire de la capitale française que Reid avait admirées à l’hôtel de ville de Paris. Les quatre figures allégoriques représentent quant à elles l’histoire et les aspirations de la ville de Toronto.

 

Byron (plus tard sir Edmund) Walker

(1848-1924), à titre de président de la Toronto Guild of Civic Art, définit ces peintures murales comme les premières étapes du développement d’une « grande école nationale de peinture murale ». Des réactions différentes sont cependant exprimées. L’une d’elles, publiée dans The Canadian Architect and Builder, condamne l’ensemble qui « est très loin de ce que l’on peut raisonnablement attendre d’une œuvre monumentale de ce type », caractérisant la conception, la composition, le dessin et la couleur comme étant « insipides », et arguant que les vêtements des personnages ne donnent pas une bonne idée des proportions de leurs corps. Quelques mois plus tard, les conseillers municipaux refusent d’approuver le budget pour des peintures murales supplémentaires proposées pour le même lieu, prétextant un manque de financement. On ne sait pas si les réserves émises sur la qualité de l’Hommage aux pionniers ont joué un rôle dans cette prise de décision.

 

La conservatrice Rosalind Pepall montre à quel point ces peintures témoignent de l’admiration de Reid pour l’art mural de Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898), qu’il a étudié à Paris et au Musée de Picardie, à Amiens, en 1888, 1889 et 1896. Dans L’arrivée des pionniers, la mère et l’enfant rappellent des figures comparables tirées des peintures murales de Puvis de Chavannes, comme Ave Picardia Nutrix, 1864, du Musée de Picardie. Suivant l’exemple du peintre français, Reid simplifie ses formes, privilégie une palette limitée de couleurs sourdes et non modulées, tout en présentant une surface mate qui se rapproche du fini de la fresque. Reid privilégie aussi la représentation de figures plutôt statiques, aux allures de silhouettes, qui contrastent avec les personnages de ses peintures de chevalet antérieures, où l’arrondi des corps est souligné par de subtiles transitions tonales.

 

Reid s’est également inspiré de l’habileté de Puvis de Chavannes à harmoniser ses peintures murales avec l’architecture environnante. La forte horizontalité des murs sur lesquels les panneaux rectangulaires sont montés se répercute dans le bloc que constituent les pionniers, tous de la même hauteur, ainsi que dans le mouvement de gauche à droite créé par le passage d’une figure à l’autre. Cette mouvance tient compte de la situation des peintures murales dans une entrée, un espace qui n’est pas destiné à la contemplation immobile. Les troncs d’arbres dans Jalonnement à la ferme des pionniers et les personnages en position debout dans les deux panneaux font écho aux pilastres latéraux et aux colonnes situées à proximité. Reid a aussi opté pour des couleurs similaires à celles de l’architecture : les vêtements gris-brun répondent à la teinte du grès, et les roses discrets sont assortis aux bases des colonnes et à la mosaïque du sol. Quand Puvis de Chavannes travaillait sur les peintures murales de l’escalier de la bibliothèque publique de Boston, il avait fait expédier des pierres du site à son atelier parisien pour qu’il puisse choisir des couleurs parentes. Reid fait de même pour son projet destiné au bâtiment public torontois, duquel il tire des échantillons de pierre qu’il dispose à côté de ses toiles pendant qu’il les peint.

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