Copie d’après le « Portrait d’un nain avec un chien » de Velázquez 1896
George Agnew Reid, Copy after Velázquez, “Portrait of a Dwarf with a Dog,” (Copie d’après le « Portrait d’un nain avec un chien » de Velázquez), 1896
Huile sur toile, 137 x 102 cm
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
La Copie d’après le « Portrait d’un nain avec un chien » de Velázquez est l’une des nombreuses copies que Reid a réalisées des peintures de l’artiste espagnol révéré, Diego Velázquez (1599-1660). Avec sa femme, Mary Hiester Reid (1854-1921), il considère cette œuvre comme une réussite majeure en raison de l’efficacité avec laquelle elle traduit le tableau original; cela montre combien Reid a saisi les qualités de Velázquez.


La copie des œuvres d’autres artistes constitue une pratique courante, car elle permet au copiste d’analyser la manière dont les artistes obtiennent leurs effets. Dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, Velázquez est vénéré par de nombreux artistes d’Europe et des États-Unis, dont John Ruskin (1819-1900), Édouard Manet (1832-1883), James McNeill Whistler (1834-1903) et John Singer Sargent (1856-1925), et ce, pour diverses raisons. Parmi celles-ci, on compte le traitement réaliste de ses sujets, sa maîtrise des effets subtils de la lumière et de l’atmosphère, ainsi que la sophistication de sa palette de couleurs sobres.
L’un des plus grands admirateurs de Velázquez est le peintre français Léon Bonnat (1833-1922). Celui-ci a transmis son admiration pour l’œuvre de l’artiste espagnol à ses élèves, dont les professeurs de Reid, Robert Harris (1849-1919) et Thomas Eakins (1844-1916). Bonnat parle de Velázquez en ces mots : « Ce que le maître espagnol cherche avant tout, c’est le caractère et la vérité […] Il peint la nature comme il la voit et comme elle est. L’air qu’il respire est le nôtre, son ciel celui sous lequel nous vivons. On éprouve en face de ses personnages l’impression que l’on ressent devant des êtres vivants. »
Après avoir terminé ses études à Paris, Eakins passe six mois en Espagne, en 1869 et 1870. George et Mary Hiester Reid lui emboîtent le pas et étudient plusieurs tableaux de Velázquez au Musée du Prado à Madrid en 1896. Le couple est envoûté, comme l’ont été Bonnat et Eakins avant lui. Les trois comptes rendus de Hiester Reid sur le séjour espagnol font l’éloge de l’exquis modelé de Velázquez, de l’intense pénétration psychologique des sujets de ses portraits, de son « ton parfait et de la beauté de la couleur », ainsi que de son refus de séparer « le moyen d’expression de l’idée à exprimer ». L’impact de Velázquez sur son mari est si profond que le catalogue de l’exposition commémorative consacrée à George Agnew Reid en 1948, au Musée d’art de Toronto (la Art Gallery of Toronto, aujourd’hui le Musée des beaux-arts de l’Ontario), ne relève que deux autres artistes ayant exercé sur lui une aussi grande influence : Eakins et Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898).
L’estime que George et Mary Hiester Reid portent à Copie d’après le « Portrait d’un nain avec un chien » de Velázquez les conduit à donner au tableau une place de choix sur les murs de leurs deux maisons de Toronto. L’œuvre apparaît dans une photographie de 1906 figurant l’intérieur de leur demeure d’Indian Road ainsi que dans une peinture composée par Hiester Reid en 1912 montrant le coin du feu de son atelier d’Upland Cottage. Ironie de l’histoire, l’œuvre originale n’est pas de Velázquez, bien qu’elle imite le réalisme impitoyable de ce dernier, son coup de pinceau libre et sa prédilection pour des sujets inédits, tels les nains et les bouffons de la cour espagnole qu’il représentait dans ses portraits. Elle a plutôt été attribuée à un·e imitateur·rice anonyme du milieu du dix-septième siècle.
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