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Opératrices de machine 1919

Opératrices de machine

George Agnew Reid, Women Operators (Opératrices de machine), 1919

Huile sur toile, 122,8 x 168,2 cm

Collection Beaverbrook d’art militaire, Musée canadien de la guerre, Ottawa

Opératrices de machine montre des employées d’usine de la Première Guerre mondiale produisant des obus destinés à un usage outre-mer. Bien que ce sujet – une usine en temps de guerre où les femmes prédominent – soit inédit dans l’œuvre de Reid, cette peinture est néanmoins pleinement représentative de ses tableaux de guerre. Son grand format, sa palette adoucie et sa composition – des figures affairées dans un vaste espace – sont des caractéristiques communes à ses cinq autres toiles représentant des sujets d’usines.

 

Quand la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne le 4 août 1914, le Canada, en tant que dominion de l’Empire britannique soumis à la politique étrangère de ce dernier, entre en guerre le même jour. Si l’âge de Reid le rend inéligible au service militaire actif, avec son épouse Mary Hiester Reid (1854-1921), il soutient l’effort de guerre par d’autres moyens. En novembre 1916, le Canadien William Maxwell Aitken (premier lord Beaverbrook à partir de janvier 1917, qui deviendra plus tard ministre de l’information britannique) crée le Fonds de souvenirs de guerre canadiens (FSGC) pour rendre compte de la participation du Canada au conflit. Au départ, le FSGC se concentre sur des sujets européens, pour lesquels il emploie des artistes d’abord britanniques, puis canadiens, comme Augustus John (1878-1961), William Orpen (1878-1931), James Wilson Morrice (1865-1924), Maurice Cullen (1866-1934) et A. Y. Jackson (1882-1974).

 

Plus tard durant la guerre, Eric Brown, le directeur de la Galerie nationale (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada), obtient un financement du FSGC pour passer commande à des artistes produisant des témoignages visuels de la guerre à l’intérieur des frontières du Canada. Au printemps 1918, sir Edmund Walker, le vieil ami et mécène de George Agnew Reid, accepte de recommander les artistes susceptibles de recevoir des contrats du FSGC. Quelques mois plus tard, sans surprise, Reid se voit proposer une commande pour « réaliser des dessins en rapport avec les divers travaux effectués pour la Commission impériale des munitions du Canada». Il en résulte dix-huit dessins au pastel de taille moyenne et six grandes toiles à l’huile ayant pour thème la production de munitions, dont Opératrices de machine, ainsi qu’une peinture encore plus grande (244,5 x 182,5 cm) consacrée aux célébrations du jour de l’Armistice dans le centre-ville de Toronto.

 

Opératrices de machine se distingue parmi les toiles d’usine de Reid par le fait que tous les personnages représentés sont des femmes. Pendant la guerre, quelque 12 000 femmes effectuent des travaux dangereux dans les usines de munitions canadiennes, remplaçant les hommes partis s’engager dans les forces armées. L’intérêt du public pour ces travailleuses est grand, ce qui conduit le FSGC à accorder des contrats non seulement à Reid, mais aussi aux peintres Henrietta Mabel May (1877-1971) et Dorothy Stevens (1888-1966), ainsi qu’aux sculptrices Frances Loring (1887-1968) et Florence Wyle (1881-1968).

 

Women Making Shells (Femmes fabriquant des obus), 1919, de May, traite du même sujet qu’Opératrices de machine, mais en présentant un grand nombre de figures par rapport au tableau relativement épuré de Reid. Bien que la composition de ce dernier soit deux fois plus petite que celle de May (182,7 x 214,9 cm), il s’agit de la seule œuvre significative illustrant des travailleuses canadiennes du secteur des munitions de la Première Guerre mondiale peinte par un artiste masculin. Parmi les autres tableaux de Reid portant sur le sujet des munitions, Opératrices de machine constitue l’une de ses dernières explorations d’un sujet humain contemporain. Par la suite, le peintre se tournera progressivement vers des thèmes historiques et des paysages.

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